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20164013. Un nouvel humanisme pour la ville Imprimer
Écrit par Scola Cardinal Angelo   

Thème:  La grande ville

 À un moment de doutes et de crise économique, le cardinal archevêque de Milan montre comment un humanisme théocentrique dans la lignée du Bienheureux Paul VI permet de renouveler et de proposer, à l’encontre de la fragmentation, une « vie bonne » dans les différents domaines de la vie urbaine (vie en société, économie, culture et éducation, accueil des plus fragiles).

La première page, 13, est jointe, ainsi que les pages 18 et 19.

16.00

Chaque année, la fête de saint Ambroise donne lieu, de la part du cardinal-archevêque de Milan, à un discours aux autorités citadines : en décembre 2014, à l’occasion de l’Exposition universelle qui s’est tenue à Milan en 2015, le cardinal Scola a traité d’“un nouvel humanisme pour la ville”[1].

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  I - La nécessité d’un nouvel humanisme

 1.     Une situation complexe

          Le contexte social, politique, économique dans lequel Milan et sa région s’apprêtent à vivre la grande Exposition universelle 2015 est davantage marqué par le doute et un manque de confiance que par cet élan vital qui permettrait de relancer la conjoncture économique et internationale pour le bien de tous. Sans doute, les difficultés du temps présent sont évidentes, et présentes à tous les esprits : je citerai seulement le chômage des jeunes, dans une crise économique persistante, ou encore les incertitudes politiques qui pèsent sur l’avenir de notre pays. Il ne s’agit certes pas de les ignorer, mais elles ne suffisent pas à expliquer le découragement qui semble prévaloir dans de nombreux milieux sociaux et culturels. Le malaise actuel, qui marque le changement de siècle, chemine nécessairement à tâtons. Et l’on est plus enclin à porter attention aux facteurs de désagrégation de notre ville qu’aux facteurs constructifs.

 

2.     Une nouveauté radicale est aujourd’hui requise

          Devant les terribles violences qu’affrontent chaque jour les chrétiens, les hommes religieux et les chercheurs de paix au Moyen-Orient et ailleurs, devant la situation persistante d’injustice qui condamne dans l’hémisphère Sud des millions d’êtres humains à la famine, devant la tragédie ininterrompue du flux de migrants sur nos côtes, qui peut ne pas désirer un sursaut d’humanité pour mettre fin à ces réalités insoutenables ?

 3.     Quelques traits d’un nouvel humanisme

          Tout cela a conduit le pape François à exprimer un jugement tranchant sur la situation économique de la planète : « la crise économique que nous traversons



[1] Nous avons omis de cette traduction quelques passages d’intérêt local. Voir la “note complémentaire” en fin d’article.

 .......

pages 18-19

2 - Une proposition de « vie bonne »

Pour les chrétiens, le chemin du témoignage d’un nouvel humanisme part de la vie de chaque jour. Il s’agit de partager autour de soi l’expérience que la rencontre avec le Christ et la vie avec Lui dans la communauté chrétienne permet de mieux aimer et engendrer, de mieux travailler et se reposer, d’éduquer, de partager joies et douleurs, d’assumer l’histoire, d’accompagner et de prendre soin de la fragilité, de promouvoir la liberté et la justice… Le pape François a identifié la dimension sociale de ce témoignage lorsqu’il a parlé du devoir de devenir un peuple :

« devenir un peuple (…) demande un processus constant qui implique chaque génération. C’est un travail lent et difficile qui exige de vouloir s’intégrer et d’apprendre à le faire pour développer une culture de la rencontre dans une harmonie symphonique ».

Il s’agit, en somme, de vivre toujours et partout, une « culture de la rencontre ».

 

a) la vie en société et les mœurs

 

La proposition d’une vie bonne comme contribution chrétienne à la promotion d’un nouvel humanisme ne peut se passer d’une prise en considération du terreau culturel de notre société. Les cultures, les civilisations sont désormais métissées. Nous avons cependant du mal à nous défaire de certains styles de vie qui continuent d’imprégner notre existence personnelle et sociale. La politique ne vit-elle pas de sondages d’opinions ? Une certaine forme de pensée unique, plus habile et plus attrayante, tend à se répandre : au delà de la variété des produits de consommation et d’une plus grande liberté objective de choix, on en vient à penser que « tout s’achète et tout se vend ». A l’origine de ce modèle, nous trouvons des désirs d’émancipation, d’expression et de succès attentifs à avoir tout et tout de suite, selon une logique du carpe diem[1] fille de sentiments contradictoires de toute puissance et d’insécurité.

C’est ce terreau culturel qui caractérise l’homme postmoderne, « désenchanté » des grands récits mythiques et des idéologies reçues, bien content de son « moi » narcissique, plus confiant dans ses doutes que dans ses certitudes.

Les retombées sociales de cette mentalité nous obligent à considérer le rapport indissociable entre droits et devoirs, sur quoi reposent toutes les bonnes lois : ce qui apparaît clairement dans les questions relatives au droit à la vie et aux sentiments. De fait, souvent il n’y a pas de corrélation entre l’exigence des droits de l’individu – où tout désir subjectif est tenu pour un droit – et les devoirs qui y sont attachés : or cela est indispensable pour une vie commune harmonieuse ; de la sorte, on exige que les lois protègent, sanctionnent, voire favorisent le droit de réaliser tout désir quel qu’il soit. C’est alors, comme le pape François l’a déclaré au Conseil de l’Europe, que « le concept de droit de l’homme, qui est en soi universel, est remplacé par l’idée d’un droit individuel »[2].

C’est ce qui explique le paradoxe d’une demande de liberté toujours plus grande qui se retrouve enserrée dans un réseau de lois toujours plus serré. Sans le lien organique entre droits, devoirs et lois, la sacrosainte exigence de justice et d’égalité – qui signifie combattre la corruption, la technocratie et la bureaucratie – se transforme en abstraction et finit pas sombrer dans l’idéologie.

C’est dans ce contexte qu’il faut situer la mise à l’écart des corps intermédiaires, favorisée par la pratique actuelle de la politique. Ces corps intermédiaires risquent d’ailleurs bien souvent de se transformer en bastions de défense des intérêts corporatifs. Ils devaient au contraire, aux origines, servir de relais sociaux entre les attentes populaires du bien commun et le souci des intérêts supérieurs légitimes. Ceci dans la conviction que c’est dans l’inter-esse (« être-entre ») que se joue la vie en commun. Il suffit de penser au peu d’importance accordé à la famille – qui est pourtant un « corps intermédiaire » essentiel dans la société –, ou aux partis politiques, souvent désignés comme étrangers – voire hostiles – au bien commun !

S’adressant au Parlement européen, le pape François a dénoncé « des styles de vie un peu égoïstes, caractérisés par une opulence désormais insoutenable et souvent indifférente au monde environnant, surtout aux plus pauvres. On constate avec regret une prévalence des questions techniques et économiques au centre du débat politique, au détriment d’une authentique orientation anthropologique. L’être humain risque d’être réduit à un simple engrenage d’un mécanisme qui le traite à la manière d’un bien de consommation à utiliser, de sorte que – nous le remarquons malheureusement souvent – lorsque la vie n’est pas utile au fonctionnement de ce mécanisme elle est éliminée sans trop de scrupule, comme dans le cas des malades, des malades en phase terminale, des personnes âgées abandonnées et sans soin, ou des enfants tués avant de naître ».



[1] Expression latine (Horace, Odes, I, 11, 8) comprise comme : « cueille le jour présent (sans te soucier du lendemain) » (NdT).

[2] Pape François, Discours au Conseil de l’Europe, 25 novembre 2014.