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2017

 LXII 6 - N° 254 Eduquer à la liberté  novembre-décembre

2018

Notre Père IV: le Pardon

 

20175007. Editorial La tradition, une chose neuve Imprimer
Écrit par Armogathe Jean-Robert   

16.00

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« Ce que les Apôtres ont vu dans la source les a assurés de toute la suite ; ce que nous voyons dans la suite nous assure de ce qu’on a vu et admiré dans la source » (Bossuet)[1].

 

 

Au commencement était la tradition : autrement dit, ce que Jésus avait dit et fait a, pendant plusieurs générations, été transmis oralement. Les spécialistes ne sont pas d’accord sur la date de la première fixation écrite des récits évangéliques, mais un consensus existe pour estimer que les petites communautés de croyants qui, chacune à sa manière, adhéraient à la Voie, ont transmis pendant plusieurs générations, de façon orale, les composants essentiels du message (le kérygme). La fixation par écrit n’a pas arrêté la transmission orale, qui s’est poursuivie jusqu’au milieu du IIè siècle : en témoignent ces dits et ces actions de Jésus ignorés des textes canoniques et rapportés par des pièces archéologiques datées du IIè siècle (ce qu’on appelle des agrapha, c’est-à-dire des dits non canoniques).

Dans beaucoup de langues, le mot tradition est équivoque, car il désigne à la fois le fait de transmettre, la transmission, et le contenu qui est transmis qu’on appelle aussi tout simplement tradition. Le mot grec paradosis ne fait pas exception (dans la langue classique), mais dans le Nouveau Testament, il désigne toujours le contenu transmis, et non pas celui qui transmet ni le mode de transmission (voir la note en annexe). Mais il faut tenir compte d’autres passages qui se réfèrent à la tradition sans utiliser le mot (par ex., quand Paul parle de « recevoir », 1 Thessaloniciens 2, 13). Enfin, le contenu de cette transmission n’est pas toujours précisé : il s’agissait probablement des paroles et actes de Jésus à la Cène, ou d’une brève déclaration christologique (« Jésus est Seigneur »[2]`) ou encore d’une liste des apparitions (et des témoins) du Ressuscité.

Mais quand on scrute cette tradition, on ne peut pas ne pas buter sur la question du Canon[3] : quand les Écritures chrétiennes furent-elles encadrées, « canonisées », de sorte qu’elles ont enfermé en elles tout le contenu de la Révélation ? On sait qu’entre 100 et 150 plusieurs textes circulèrent, reçus comme des témoignages authentiques de l’enseignement des Apôtres : la Didachè, la lettre de Barnabé, les lettres d’Ignace, le Pasteur d’Hermas, mais aussi les deux lettres de Pierre, l’Apocalypse (et peut-être aussi tout le corpus johannique, Évangile et Épîtres) et les lettres pastorales pauliniennes. Tous ces textes circulaient en parallèle avec une tradition orale.

Mais tout a changé vers le milieu du IIè siècle, selon un consensus des exégètes : tandis que la Parousie, le retour attendu du Christ, tardait à se produire, les communautés prirent conscience de l’histoire ; jusqu’alors les croyants avaient vécu dans un entre-deux, attendant le retour du Seigneur. Ils prirent alors conscience de la différence entre l’« âge apostolique » et leur propre génération. Un témoin privilégié est un certain Quadrat, évêque d’Athènes vers 126, le premier apologiste du christianisme, dont on ne connaît qu’un fragment, cité par Eusèbe de..............


[1] Bossuet, [Première] Instruction pastorale [1700], 23, éd. Lachat, Paris, 1864, t. 31, p. 106.

[2] Larry W. Hurtado Le Seigneur Jésus Christ. La dévotion envers Jésus aux premiers temps du christianisme, Paris, Éditions du Cerf, « Lectio divina », 2009.