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20156. Il s’est anéanti

XL, 6 N°242 novembre-décembre 2015

« Il s'est anéanti lui-même » (Philippiens 2,7) : la « kénose » du Christ Jésus, « le même, hier, aujourd’hui et demain », n’a rien dissimulé de sa divinité. L’humiliation de la mort a signifié le comble de l’amour trinitaire. Ainsi le dépouillement du Crucifié annonce « l’Agneau égorgé depuis la fondation du monde » (Apocalypse), dont « la grandeur se laisse apercevoir dans la bassesse, sans déchoir de son élévation » (Grégoire de Nysse). Cet enseignement biblique, discuté dans des courants philosophiques modernes et contemporains,  recevra une expression théologique éclatante dans l’œuvre de Hans Urs von Balthasar.

 

Éditorial  Philippe Dockwiller  

Thème

Hans-Ulrich Weidemann : Celui « qui était dans la condition de Dieu »

Jean-Luc Marion : À partir de la Trinité

Pascal Ide : La kénose selon Balthasar –  Une notion centrale

Jean-Pierre Batut : La décision de kénose du Fils et l’obéissance filiale du chrétien

Peter Henrici : Dialectique ou amour ? La compréhension philosophique de la création du monde en tant que kénose

William C. Hackett : Une façon de penser kénotique – La « christologie sacrificielle » de Cyrille d’Alexandrie

Andrea Bellantone : Le don du sacrifice – Ou ce que la « kénose » peut dire aux philosophes

Emmanuel Gabellieri : Kénose, compassion et miséricorde chez Simone Weil

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20156001. Crucifix 45 (Couverture) Imprimer
Écrit par William G. Congdon   

Huile sur panneau 139 cm × 152 cm William G. Congdon (1912-1998) , Crocefisso, de William G. Congdon Foundation

Artiste américain, William G. Congdon (1912-1998) s'est enrôlé en 1942 dans l'American Field Service comme ambulancier; il a participé à la Campagne d'Italie et à la libération du camp de Bergen-Belsen. Après une brillante carrière artistique entre les États-Unis et l'Italie, admiré par Peggy Guggenheim, il reçoit le baptême à Assise (15 août 1959), où il va s'établir pour vingt ans. Lié à don Giussani, il fut un des fondateurs de la revue Communio italienne. Son inquiétude s'exprime par une peinture exclusivement religieuse, dont de nombreux crucifix. Il quitte alors le devant de la scène artistique. Vers la fin des années soixante, il se retire en ermite en Lombardie, près d'un monastère bénédictin. La critique internationale le retrouve alors, mais la mort le surprend au travail.

Crucifix 45 a été peint en 1966 : tout repose sur d'infimes variations de noir, et seule une concentration du regard permet de discerner les nuances de ténèbres : "à partir de la sixième heure, l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure" (Matthieu 27, 45). C'est seulement dans une sorte de halo que l'on perçoit le buste du Christ et ses bras étendus. La tête est penchée, excluant toute représentation anatomique, elle est comme un trou noir qui repose sur le buste. Au cœur de ces ténèbres, le corps du Christ est l'ultime blancheur qui demeure – ou la première qui apparaisse ? On trouve un article de William Congdon dans le premier cahier de Communio-F (septembre 1975) : "Le visage du monde et la figure du Christ" (consultable sur le site www.communio.fr).

 
20156002. Exergue Imprimer
Écrit par Communio   

« Et [l’ Apôtre] dit bien : Il s’est vidé (exinanivit). » Car le vide (inane)  

s’oppose à la plénitude. Or la nature divine est une totale plénitude,

puisque toute la perfection de sa bonté réside en elle, Ex 33 [19] :

 “Je te montrerai toute sorte de biens.” Quant à la nature humaine,

tout comme l’âme, elle ne possède pas la plénitude, mais elle est en

puissance de la recevoir, car elle a été faite comme une table rase.

La nature humaine est donc vide. Aussi [l’Apôtre] dit-il : Il s’est vidé,

parce qu’il a assumé la nature humaine. 

Thomas d’Aquin, Commentaire de l’Épître aux Éphésiens,

Paris, Cerf, 2015, p.97.

                                                                                               

 « Le Christ a compris son action comme obéissance inconditionnelle

 devant le Père. À travers lui et en lui, c’est Dieu qui agit, sacrifiant

pour le monde ce qu’il a d’unique, de plus cher. Il ne fait pas pour les

autres quelque chose, mais tout.

Hans Urs von Balthasar, La Dramatique divine, I. Prolégomènes,

Paris, culture et vérité, 1984, p.27. ».

 
20156006. Editorial Imprimer
Écrit par Philippe Dockwiller   

Aimer c’est tout donner, et se donner soi-même. Les paroles de sainte Térèse de l’Enfant Jésus et de la sainte Face, devenues un chant de méditation, auraient pu donner l’équivalent de l’expression « de lui-même, il s’est vidé » appelée aussi kénose. Cette action est attribuée au Christ Jésus en sa Passion. Kénose a beau venir de la langue grecque, le terme technique n’en court pas moins le risque de résonner à nos oreilles comme un barbarisme. Comment comprendre ? « Anéantissement », « évacuation », « évidement » ? Les mots en usage peinent à fournir une traduction satisfaisante.

Le texte de la première page,6, est donné ci-après.

 
20156011. Celui « qui était dans la condition de Dieu » Imprimer
Écrit par Hans-Ulrich Weidemann   

Thème

  L'abaissement volontaire du Christ jusqu' à la mort, qui constitue, avec son élévation dans la gloire, le point central de l'Hymne aux Philippiens, doit être considéré comme la disposition d'esprit à adopter pour tout chrétien vis-à-vis de tous, puisqu'il mène à la vraie liberté. C'est ce que l'auteur tire d'une analyse formelle précise du texte, qu'il replace aussi dans son contexte historique.

La première page, 11, est donnée ci-après.

 
20156023. À partir de la Trinité Imprimer
Écrit par Jean-Luc Marion   

 La kénose est l’anéantissement du Fils sur la Croix et comme telle, elle pourrait s’expliquer par la mise entre parenthèses de ses attributs divins en faveur de ses attributs humains. En réalité, selon la logique propre de l’amour qu’est la vie trinitaire, on n’est soi-même qu’en recevant son existence comme un don. L’accomplissement d’une vie revient à la recevoir des mains d’un autre. C’est donc en acceptant librement, par amour, une condition d’esclave que le Fils retrouve « la gloire » qu’il « avait auprès du Père avant que le monde ne fût ». Autant dire que la kénose n’a de négativité que, parce qu’en son fond, elle est la victoire suprême des abandons vivifiants des Personnes.

 
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