Conscience ou consensus?

N° 109 Septembre - Octobre 1993 - Page n° 23

Servais PINCKAERS La conscience et l'erreur

Que veut dire saint Thomas, lorsqu'il affirme qu'il faut toujours suivre sa conscience, même erronée ? Souvent mal interprétée, l'invocation de la conscience contre la loi risque de favoriser la conviction personnelle au détriment de la morale. L'auteur rappelle les fondements de la doctrine de saint Thomas : si la conscience peut être erronée, sa source, la syndérèse, sens naturel et infaillible du bien et du mal, nous conduira toujours vers la vérité.

La conscience joue un rôle de premier plan dans la réponse aux questions morales qui se posent à nous aujourd'hui et qui sont débattues dans le public ou entre experts. La tendance est actuellement de s'en remettre à la conscience personnelle comme au juge en dernier ressort de la conduite à suivre par chacun dans les circonstances concrètes. Notre esprit démocratique, habitué à la diversité et au mouvement des opinions, favorise cette façon de voir, en morale comme en politique. Le danger est évidemment d'en arriver à confondre la conscience avec l'opinion. Le cardinal Newman constatait déjà, au siècle dernier, ce glissement de sens :

Quand nos compatriotes invoquent les droits de la conscience, ils ne songent plus aux droits du Créateur, ni aux devoirs des créatures envers lui (comme dans la tradition chrétienne) [...] ; ils songent au droit de parler, d'écrire et d'agir selon leur avis ou leur humeur sans se soucier le moins du monde de Dieu [...] (ou) de suivre la loi morale (Lettre au duc de Norfolk, ch. V).

La conscience a évidemment un rôle essentiel à remplir dans le jugement moral ; mais tout dépend de ce qu'on met sous le mot : la conscience est-elle la voix de Dieu et de sa loi, la voix de la vérité et du bien au fond de moi, ou signifie-t-elle surtout le droit que j'ai de faire entendre ma voix parmi les autres ?

Les moralistes étaient devenus traditionnellement les défenseurs de la loi et les directeurs de la conscience dans la tâche qu'ils lui attribuaient : faire connaître la loi morale et montrer comment la mettre en application dans les circonstances concrètes, en distinguant le bien et le mal, le permis et le défendu. Leur rôle consistait particulièrement à examiner et à résoudre les cas douteux. À l'heure actuelle, les moralistes sont plutôt devenus les soutiens de la liberté en face de la loi et s'appuient assez volontiers sur les cas difficiles, sur l'expérience personnelle et sur l'opinion majoritaire, quitte à faire la critique de l'autorité ecclésiale, gardienne de la loi. Ici aussi on constate le danger de confondre la conscience avec les opinions et d'abandonner finalement chacun à sa propre conscience. [...]

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