Les magistères

N° 255 Janvier - Février 2018 - Page n° 115

Vincent HOLZER Le Christ devant la raison ― La christologie dans tous ses états

Le Christ devant la raison entend reprendre la question du rapport entre théologie et philosophie sous l'angle inattendu de la christologie dans ses métamorphoses modernes et contemporaines. Le projet paraît ambitieux, mais ici il s'attache à un segment de temps qui correspond à une période que l'on peut qualifier de " seconde modernité ", là où la christologie comme discipline de la théologie tend à se détacher de plus en plus du domaine où l'avait confinée l'apologétique défensive, celui de la preuve, pour s'épanouir en un domaine de signification jusqu'alors inédit et qui porte le nom très précis de Christozentrik : le Christ au centre d'un ordo rerum dont il est la synthèse idéale. Mais le "christocentrisme", né d'une intensification métaphysique en théologie, n'est pas sans ambivalences. Il pourrait mettre à mal la logique de la foi et le paradoxe fondamental qui la soutient et dont la christologie est précisément la forme intelligible. Les ambitions spéculatives de la christologie ecclésiale n'en demeurent pas moins intactes.

 

À l’occasion de la parution de son dernier livre, Communio a invité le père Vincent Holzer à expliquer le sens de sa démarche.


La christologie et sa « diastase* » moderne : « Jésus » et le « Christ »

En écrivant Le Christ devant la raison1, je fus guidé par le trouble que provoqua la lecture de la dissertation finale qui clôt la célèbre Vie de Jésus de David-Frédéric Strauss, admirablement traduite par Littré en deux forts volumes2 : « À la conclusion de la critique dont l’histoire de la vie de Jésus a été l’objet, se pose le problème de rétablir en dogme ce qui a été détruit en critique3 », car de la « primitive légende chrétienne » il ne reste plus grand chose, si ce ne sont des décombres aux yeux d’une entreprise critique qui repose pourtant sur un étrange paradoxe, ou plus exactement une contradiction : la construction « légendaire » (théologique) d’un mythe puissant ne disqualifie pas la possibilité d’inférer les intérêts psychologiques, les motivations quasi affectives, qui s’emparèrent d’une part, de celui qui est l’objet de cette reconstitution légendaire (Jésus lui-même) et d’autre part, de ceux qui projetèrent sur lui les ressources dont ils disposaient pour y satisfaire (un matériau textuel puisé dans les Écritures juives et leurs commentaires). Les acteurs et les protagonistes de cette construction « légendaire », comme sujets vivants, semblent n’avoir pas disparu du champ de vision de l’interprète critique. Ils en sont les cautions actives et saisissables sur le vif. On peut mesurer leurs intérêts, comprendre leurs choix, et reconstituer ainsi leur effort interprétatif. Dans sa version moderne, la « christologie » ne désigne que le problème de la « messianité » de Jésus et son caractère énigmatique, [...]

 

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* Le mot, qui désigne en chirurgie l’écartement de deux os habituellement contigus (comme le cubitus et le radius), est pris ici pour désigner l’écart artificiel imposé entre « Jésus » et « le Christ » (NDE).

1 Je n’entends pas fournir ici un résumé des thèses défendues dans ce livre. Je n’en livre que les thèses discutées et reprises dans un argumentaire au long cours, en m’appuyant sur deux phénomènes apparus au XXe siècle christologique : l’apparition du syntagme « christologie » et l’apparition du terme « christocentrique » (Christozentrik), deux termes qui ne peuvent s’expliquer que par la situation de désarroi qui affecte la christologie ecclésiale lorsque la critique historique laisse béante la diastase entre le dogme et l’Évangile. Pour l’ouvrage : Le Christ devant la raison. La christologie devenue philosophème, Paris, Cerf, 2017, coll. « Philosophie & Théologie ».

2 David-Frédéric Strauss, Vie de Jésus ou Examen critique de son histoire, Tome deuxième, Dissertation finale : Signification dogmatique de la vie de Jésus, Paris, Librairie Philosophique de Ladrange, 1853, traduite de l’allemand par É. Littré, § CXLII.

3 David-Frédéric Strauss, Vie de Jésus, Dissertation finale : signification dogmatique de la vie de Jésus, § CXLII, p. 767.

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