Les religions de remplacement

N° 30 Juillet - Aout 1980*

Claude Bruaire : L'opium des fausses religions

S'il délaisse l'absolu de la Révélation chrétienne, le désir infini de l'homme se condamne à lui chercher de vains substituts.

Problématique

Juan Martin-Velasco : La religion dans l'homme

Qu'est-ce que la religion, pour que l'homme en possède une prédisposition innée, et pour qu'il la cherche même où elle ne peut se trouver ?

Karl Lehmann : Foi de l'Église et religiosité non-chrétienne

Le discernement de l'authentique dans les nouvelles formes de religiosité doit s'accompagner d'un examen de conscience de l'Église elle-même.

Josef Sudbrack, s.j.: Renouveau religieux ou nouvelle gnose ?

Le dialogue avec les religions non-chrétiennes ne sera fécond que s'il se fonde sur une foi intégrale et fidèle.

Hans-Urs von Balthasar: Tous les chemins mènent à la Croix

Les nouvelles spiritualités, dans l'Église et hors d'elle, doivent être soumises au critère indépassable de la Croix.

Illustrations

Peter Schmidt : La gnose, hier et aujourd'hui

Bien des aspects, parmi les plus douteux, de la religiosité actuelle, peuvent se rattacher à l'antique courant gnostique, qui est encore maintenant le pire ennemi de la foi.

Jean Brun : Les nouveaux paganismes

Le paganisme n'appartient pas au passé, mais ressurgit aujourd'hui sous mille aspects.

Bernard Ibal : Les messianismes politiques

Quand la politique et la religion se mêlent, toutes deux se pervertissent ; le christianisme empêche le politique de devenir fausse religion en montrant la vérité de la « métapolitique » du quotidien.

François Rouleau, s.j.: Un examen de conscience (La Confusion des langues d'Alain Besançon)

L'idéologie pervertit la religion qu'elle prétend remplacer ou rénover. C'est ce que montre un livre récent.

Signets

Emmanuel Levinas: Notes sur la pensée philosophique du Cardinal Wojtyla

Un philosophe résume la méthode phénoménologique d'un de ses anciens collègues, devenu pape.

Olivier de Berranger : La prière de Jésus en Jean 17

Un missionnaire médite la prière du Christ envoyant ses disciples vers le monde.

L'opium des fausses religions

Claude Bruaire

Nous pensons que le christianisme est la religion indépassable, réalisant adéquatement , sans reste, l'idée même de religion, parce que nous croyons qu'il dit, en vérité, la venue de Dieu en personne. Toute religion prétend répondre, en effet, à l'attente, inquiète et ardente, de l'absolu de Dieu. Attente souvent enfouie sous nos besoins démultipliés, occultée par notre attention à vivre, mais qui ne peut manquer au coeur de l'homme, qui le définit comme cet étrange animal que rien ne peut contenter, et dont le désir transgresse infiniment toute convoitise ou ambition.

Il arrive que la venue de Dieu paraisse impossible, impensable, impensée. Et d'abord, peut-être, quand l'Église (c'est-à-dire nous autres) faillit à sa mission. Mais il reste l'attente, alors désespérée. Et pour qu'une espérance, même informe, irréfléchie, persiste à couver sous les cendres froides de la vie insupportable, il faut, bon gré, mal gré, que la relation à Dieu trouve son substitut, son remplacements son ersatz. Requête obstinée qui ruse avec la vérité pour constituer, aux couleurs de chaque époque, les formes idolâtres du divin. Le désir d'un salut se travestit en évasion artificielle, ou en technique de sauvetage, quand il ne s'invertit pas en demande illimitée de sécurité. Et les plus fins marchands d'illusion prodiguent « à la carte » des religions de remplacement.

Prolifération des sectes, mythes communionnels, exode des corps drogués, mystique pseudo-écologique... Quand l'imagination fait défaut, on ranime les antiques religions de l'Homme, entretenant des passions millénaires : néo-polythéisme, exaltant les figures de nos puissances dans le retour au vieux paganisme, manichéisme de contrebande, envoûté par l'antagonisme social, inégalitarisme érigé en système eugénique pour diviniser des performances dérisoires — tout est bon pour exploiter l'intarissable attente de Dieu.

La meilleure chance à saisir en cette triste foire aux fausses religions, et bien sûr chez son public jeune, le plus affamé de Dieu, consiste à séculariser la promesse du christianisme. Parce qu'il donne absolument Dieu que nous attendons de toute notre énergie spirituelle, le christianisme fournit alors les plus captivantes « interprétations anthropologiques », comme disait Feuerbach. Religion de la société réconciliée, religion de « l'évangile éternel » accomplie dans l'escompte d'un futur historique qu'annoncent d'âge en âge nos faux prophètes : toutes ces religions séculières fourbissent les idéologies les plus contradictoires avec les traits qu'elles empruntent à l'Évangile.

Aussi l'effort de pensée lucide, proposé dans ce numéro de Communio, est-il de démystification. La religion n'est aucune forme d'opium ; son remplacement inlassable et absurde est par contre le mortel somnifère qui veut empêcher l'éveil de la conscience au vrai Dieu qu'elle attend.


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