La Confession Sacrement difficile

N° 172 Mars - Avril 2004 - Page n° 15

Jérôme de GRAMONT Pour quelques mots de plus...

Que peuvent les mots lorsqu'ils confient la faute commise que ni le silence ni l'oubli n'auront pu garder secrète ? Si l'aveu ne peut effacer le passé, du moins rend-il possibles l'attente et l'espoir d'une autre parole, celle du pardon.

Les mots peuvent si peu de chose au regard de ce que nous éprouvons au vif de notre chair. Le plus noble en l’homme :la parole, est au prix du plus fragile : souffle que le vent aussitôt disperse. Que peut notre voix lorsqu’elle s’essaie à prononcer des paroles de réconfort ou de promesse, mais vient se heurter à l’évidence des corps ou de leur souffrance ? Celui qui s’excuse ne parle que pour soi – la forme réfléchie du verbe dit ici beaucoup –  tant il sait qu’aucune parole, même sincère, justement lorsqu’elle est sincère, ne peut revenir sur la faute commise. Les mots dits à l’ami au moment d’un deuil savent qu’ils ne pourront rien de plus que ce que peuvent les mots, et resteront au seuil d’une douleur impartageable. D’une certaine manière, nous ne pouvons guère mieux qu’un ministre obligé de discourir sur la pitié devant un parterre de victimes.

Certes, la reconnaissance de cette insuffisance de la parole ne nous dispense pas d’exercer encore notre métier d’homme, et de parler. C’est-à-dire tâcher de commenter, ou expliquer, ce qui eut lieu – comme pour douer d’un peu de sens la faute commise, si faute il y a, de droit injustifiable, mais parce qu’elle est faute humaine toujours prise aussi dans un réseau de causes et de circonstances atténuantes. Si mal il y a – mal ou malheur – ce fait est premier, et irrévocable, et nul ne peut faire que le mal commis n’ait pas eu lieu, ou que la souffrance ne nous ait pas fait souffrir. Toute parole en l’homme est seconde, pour attester (quid facti ?) ou pour juger (quid juris ?). Le pouvoir de la parole, comme pouvoir tout à la fois de dire et de retenir, ne peut s’étendre jusqu’au fait, mais à ce qui a lieu il peut donner ou refuser de donner sens. Ce qui n’est pas rien. Nous tâcherons de le montrer à partir de quatre figures de la parole, lorsque celle-ci s’emploie à revenir auprès de la faute commise, ou la retenir. [...]

 

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