Jeûne et Eucharistie

N° 233 Mai - Juin 2014 - Page n° 33

Patrick DESCOURTIEUX Jeûne et partage dans les Sermons de Carême de saint Léon le Grand

Par un lent mûrissement des pratiques, la tradition a placé l’exercice de la charité dans le prolongement direct du jeûne. Au Ve siècle, saint Léon le Grand lie, de façon impérative, jeûne et œuvres de charité, ciments de communion, résumé de toute vie chrétienne. Ce temps d’effort de l’Église apparaît comme temps de grâce ; le chrétien y est invité à abandonner son égoïsme par les œuvres de miséricorde.

 

Comme le remarquait déjà l’oratorien Louis Thomassin en 1680, « saint Léon est celuy de tous les Pères qui a fait le plus grand nombre de Sermons sur les jeûnes, soit du Carême, soit des quatretemps; c’est celuy qui a le plus souvent parlé des aumones qu’il fallait joindre aux jeûnes1 ». Plus récemment, le pape Benoît XVI notait, dans Sauver l’une de ses catéchèses hebdomadaires, que Léon le Grand, dans le latin « splendide et clair » de ses sermons, avait relié « la liturgie à la vie quotidienne des chrétiens, en unissant par exemple la pratique du jeûne à la charité et à l’aumône, en particulier à l’occasion des Quatre-Temps, qui marquent pendant le cours de l’année le changement des saisons2 ». On sait que la prédication de saint Léon constitue, dans l’histoire de l’Église, le premier corpus homilétique pontifical dont on ait gardé la trace écrite. Aussi étrange que cela puisse paraître, aucune homélie de la quarantaine de papes qui l’avaient précédé n’a été conservée3.


À Rome, où Léon exerce son ministère épiscopal de 440 à 461, la pratique du jeûne est bien connue. Saint Jérôme en est témoin qui, dans son cercle de nobles dames aspirant à la sainteté, a repéré une âme d’élite dont il décrit ainsi, vers 385, la fidèle et édifiante observance : « Dans tout le cours de l’année, Asella se nourrissait d’un jeûne continuel (jugi jejunio pasceretur) qu’elle gardait deux ou trois jours de suite, mais, en Carême, elle déployait largement les voiles de sa barque et passait à jeun [...]

 

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1. Louis Thomassin (1619-1695), Traité sur les jeûnes, Paris, 1680, p. 199. 

2. Benoît XVI, Catéchèse du mercredi 5 mars 2008.

3. On peut, certes, citer quelques vestiges, comme l’homélie de Libère (352-366) pour la prise de voile de Marcelline, sœur de saint Ambroise (PL 8, 1345-1350), mais tout le reste de la prédication de ce pape est perdu.

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