Notre-Père IV Pardonne-nous

N° 256 Mars - Avril 2018 - Page n° 25

R.P. Philippe LEFEBVRE Dettes et débiteurs , ces mots si chers - Parcours bibliques

Le vocabulaire économique est très présent dans la Bible. Comment exprime-t-il quelque chose de notre vie spirituelle et de notre rapport au Père ? Le Notre Père, en utilisant ce même vocabulaire, nous fait sortir d'un monde marqué par les liens de dépendance et d'assujettissement, dont le symbole est la dette, pour nous faire entrer dans la vie filiale.

 

Le vocabulaire de la dette appartient à tout un registre économique très présent dans la Bible : on achète, on vend, on doit emprunter parfois, verser des intérêts, contracter peut-être des dettes qu’il faudra un jour payer – au besoin par sa propre personne réduite en esclavage ou celles de ses enfants1. Ces réalités sont bien documentées dans le monde antique. Les plus anciens textes de lois que nous connaissions en Mésopotamie (entre le XXIe et le XVIIIe siècles avant notre ère) légifèrent sur les dettes. Les souverains de cette région ordonnent régulièrement des remises de dettes afin que des pans entiers de leurs populations ne se trouvent pas écrasés sous l’endettement et les emprunts à rembourser avec des intérêts souvent faramineux.

La version habituelle du Notre Père en français ne mentionne plus les dettes ni les débiteurs2. Ils se trouvent pourtant bel et bien dans le texte original et contribuent à enraciner la prière du Seigneur dans une des expériences immémoriales que font les humains. La dette est plus que jamais d’actualité pour les particuliers et pour les États. Si Dieu tient à nous parler par ce qui fait la matérialité de notre condition, pourquoi, après tout, ne pas écouter ses propres mots qui sont aussi les nôtres ?

Ratages

On entend trop rapidement dettes et débiteurs dans un sens métaphorique, là où les paroles de cette prière nous installent plutôt dans l’objectivité d’expériences connues, concrètes, onéreuses. Certes la version de Luc apparie péchés et dettes : on demande au Père l’acquittement des péchés (hamartia) comme nous-mêmes acquittons « tout débiteur (opheïlôn) » (Luc 11, 4). Mais cela ne veut jamais dire que le mot dette perdrait toute signification propre [...]

 

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1 Dans la Bible hébraïque, les mots de l’économie sont nombreux et bien répertoriés. Les passages que je citerai comportent souvent les verbes nasha’ : « prêter », lawah : « emprunter », habal : « prendre un gage », batsats : « faire un bénéfice » etc., ainsi que les noms composés sur ces racines.

2 La Traduction officielle de la Bible de 2013 traduit très bien, littéralement, la mention des dettes et des débiteurs en Matthieu, mais pas en Luc où la « juste » traduction, qui serait parfaitement compréhensible, est donnée en note.

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