Notre Père VI, délivre-nous

N° 268 Mars - Avril 2020 - Page n° 19

Philippe CAZALA La dernière demande et la forme littéraire du Notrte Père

Des exégètes modernes séparent la sixième et la septième demande du Notre Père au nom d’un structure concentrique de la prière du Seigneur. Mais ces demandes sont liées par la forme et par le fond : négliger ce lien fait passer à côté de la poésie de cette prière, porteuse d’une théologie de l’incarnation.

Une récente étude de l’exégète anglican David Wenham a proposé de lire la prière du Seigneur comme une structure concentrique1.

Dans un article antérieur, le P. Roland Meynet avait exposé, lui aussi, une lecture concentrique du Notre Père2. Ce type d’approche fait correspondre la première demande à la septième, la deuxième à la sixième et ainsi de suite. La démarche suppose de distinguer nettement les différentes demandes du Notre Père et elle confirme a posteriori cette
distinction par la structure exposée et son interprétation. Mais, dans le cas du Notre Père, un problème se pose d’emblée : si les premières demandes sont clairement identifiées par la syntaxe du texte lui‑même, la distinction de la sixième et de la septième n’est pas une affaire réglée ; il s’agit plutôt d’une vexata quaestio à laquelle nos deux auteurs entendent apporter une réponse définitive par leurs propositions de lecture en séparant clairement ces deux stiques puisqu’ils sont censés être éclairés respectivement par la première et la deuxième demande du Notre Père.

De longue date, toutefois, les Pères de l’Église ont remarqué la proximité sémantique entre les deux derniers stiques du texte de Matthieu :

kai mē eisenenkē(i)s hēmas eis peirasmon
alla rusai hēmas apo tou ponērou
ne nous laisse pas entrer en tentation,
mais délivre‑nous du mal.

Pour Origène ou pour Tertullien, ne pas entrer en tentation ou être délivré du mal, c’est au fond la même chose3. Meynet et Wenham ont‑ils raison contre ces auteurs des premiers siècles ? En réalité, le texte lui‑même de la version matthéenne de la prière du Seigneur porte, entre ces deux stiques, une tension qu’il faut analyser pour mieux comprendre le Notre Père.

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1 Wenham 2010, p. 377‑382. Le premier exégète moderne à proposer ce type de construction est Mgr Cassien Bezobrazov, connu de Carmignac et de Wenham, mais non de Meynet, dans deux articles parus en russe en 1949 : « O molitve Gospodneï » [« Sur la prière du Seigneur »], Pravoslavnaya Mysl [La Pensée orthodoxe] VII, p. 58‑84 et dans « K voprosu o postroenii Molitvy Gospodneï » [« Sur la question de la composition de la prière du Seigneur »]
dans la même revue, VIII, 1951, p. 56‑85.

2 Meynet 2002, p. 158‑191.

3 Origène, Peri euchēs, PG 11, 545‑548 et voir infra ; Tertullien écrit : « Eo respondit clausula interpretans quid sit: ne nos deducas in tentationem ; hoc est enim : sed devehe nos a malo » Tertullien, CCSL 1, p. 262.

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