Notre Père VI, délivre-nous

N° 268 Mars - Avril 2020 - Page n° 51

Philippe VALLIN Le diable et ses masques: persona non grata

Le discours chrétien sur les anges et les démons paraît contraint de fonder sa validité sur l’examen des récits bibliques où l’hypostase angélique s’est manifestée dans l’économie bienveillante du visage ou sous l’économie fallacieuse du masque : il lui reviendra alors d’associer ou, pour le cas du Malin et des démons, de dissocier la question de l’hypostase et celle de la personne. « Unperson » (J. Ratzinger), Satan est une personne éternellement manquée.  

Le diable n’est pas intéressant mais il intéresse. Il est invisible mais il multiplie les masques. Il est l’échec en personne jeté par permission divine en plein milieu d’un drame collectif, l’histoire de la famille humaine. Or, toute ordonnée qu’elle soit à la victoire éclatante de la gloire divine, l’histoire des hommes témoigne, à commencer par les récits évangéliques, que Satan, cet échec en personne, y sait réussir ses petites affaires et ses marchandages. Drôle de « personne », donc, disposée par la volonté de Dieu dans le jeu compliqué des libertés humaines comme pour en obtenir, à son masque défendant, un dégagement plus net du mystère de la liberté divine : échangée par périchorèse entre les trois personnes de la Trinité, elle vient creuser le mystère de la liberté humaine, elle l’habite et la travaille, de manière que la perfection de personne passe effectivement du Créateur à la créature. En son temps, J. Ratzinger avait mis l’accent sur la dignité théologale de la personne en christianisme, en décorant le sujet hypostatique reconnaissable dans les démons du titre savamment contrarié de « Unperson » : rien qui niât le caractère indestructible de l’essence d’un esprit créé, mais invention d’un effet lexical, d’une sorte de biffure de portée eschatologique1. Il faudrait peut-être traduire « contre-personne » plutôt que « non-personne ». En juste dogmatique, il ne se peut pas que la
dignité métaphysique de la personne oblitère l’horizon de sa dignité ou de son indignité eschatologique. Mais si la personne ne s’accomplit pas en Dieu dans l’éternité, il faut alors qu’elle y subsiste inversée ou retournée : sa réussite dans l’infini y sera une faillite indéfinie.

Nous gageons la tentative de réflexion qui suit sur l’idée reçue de la christologie que l’hypostase a désormais partie liée avec le visage où la vérité foncière de Jésus-Christ a paru : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jean 14,9). La visibilité humaine de Dieu est le mystère de révélation formelle qui sustente la notion chrétienne de personne.

 

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1 Voir K. Lehmann, « Der Teufel, ein personales Wesen ? » dans W. Kasper – K . L ehmann, Teufel, Dämonen, Besessenheit. Zur Wirklichkeit des Bösen, Mainz, Grünewald, p. 93 ; voir en français K. Lehmann, "Le mystère du Mal. Préliminaires au problème du Diable », Communio, n° IV, mai-juin 1979, p. 18. Le mot ne sut pas convaincre tous les théologiens, témoin A. Ganoczy, « La métaphore diabolique », Recherches de Science Religieuse, tome 84, 2001/4, p. 511-525 : « Voir la tentative, à mon avis peu concluante de J. Ratzinger de désigner le diable comme “Unperson” » (note 35, p. 524)

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