Notre Père VI, délivre-nous

N° 268 Mars - Avril 2020 - Page n° 83

Jean-Robert ARMOGATHE Sur l'embolisme

L’étude de l’usage liturgique du Notre Père ne peut pas faire l’économie de l’embolisme, cette prière « intercalée » entre le Pater et la doxologie (et qui commence aujourd’hui par : « car c’est à Toi qu’appartiennent …»). Le mot embolisme ne veut d’ailleurs pas dire autre chose1.

L’élément constant de la préparation à la communion est, dans toutes les liturgies à partir du ive siècle, la récitation du Pater. Sa place n’est d’ailleurs pas fixée uniformément : des liturgies byzantines et des rites occidentaux le placent après la fraction, ce qui revient à mettre en place les dons pour la distribution, à apprêter la table, puis à dire le Pater. Lorsque Grégoire le Grand fixa la place de la prière dans le rite romain, il lui fut reproché d’introduire un usage grec et il dut s’en défendre2 :

Nous disons l’oraison dominicale tout de suite après la prière3, car l’usage des apôtres était de consacrer l’hostie dès la prière d’offrande. Et il me semble peu convenable de dire sur l’offrande une prière composée par un scolastique et de ne pas dire cette prière reçue du Sauveur, qui l’a composée, sur son corps et son sang.

Le Pater fut d’autant plus solidement ancré dans la préparation à la communion que, comme beaucoup de Pères en témoignent, la piété des fidèles rattachait « panem nostrum quotidianum » à l’eucharistie4.

1. L’origine de l’embolisme

Les deux dernières demandes ont été très tôt amplifiées dans les liturgies orientales5. L’Occident a surtout retenu la dernière : être délivrés du mal, de ce mal qui pourrait nous interdire de prendre part au repas sacré. Les liturgies gallicanes ont des formules variables, comme celle du Missale Gothicum (début du viiie s.). [...]

 

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1 Du grec emballein, ajouter, insérer.

2 Grégoire le Grand, Epistolae, IX, 12 (PL 77, 956 sv). Voir Jozef R. Geiselmann, Die Abendmahlslehre an der Wende der christlichen Spätantike zum Frühmittelalter : Isidor von Sevilla und das Sakrament der Eucharistie, Olms, 1933, p. 209-217 et J.-A. Jungmann, Missarum solemnia, t. 3, Aubier, 1954, p. 201 sv.

3 Prière et prière d’offrande désignent le canon. Grégoire veut dire que la messe des apôtres ne consistait que dans la prière d’offertoire.

4 Il suffit de rappeler Tertullien, De oratione VI et Cyprien, De oratione Domini XVIII.

5 Sauf dans la liturgie byzantine qui conclut sur une simple doxologie. On trouvera le texte des liturgies orientales dans l’article de I.-H. Dalmais cité n. 14.

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