À l'occasion de Pâques, Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre et membre du comité de rédaction de la Communio francophone, a répondu aux questions de Benjamin Leven, de la revue germanophone, au sujet de l'augmentation du nombre des demandes de baptême en France.

© Collage: Communio, AntonyB, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons, KI
En France, le nombre de baptêmes d'adolescents et d'adultes a fortement augmenté ces dernières années. Cette évolution vous a-t-elle surpris ?
Il y a une douzaine d’années, j’ai publié un livre intitulé: L’Eglise n’a pas dit son dernier mot. Petit traité d’antidéfaitisme catholique. J’y soulignais qu’au-delà des mutations profondes de la présence ecclésiale dans une société très sécularisée, les attentes spirituelles demeuraient fortes et les atouts de la proposition catholique importants. Par ailleurs, le Cardinal Jean-Marie Lustiger, Archevêque de Paris de 1981 à 2005, figure particulièrement marquante en France et dans l’Eglise universelle, soulignait souvent que se croisaient en notre temps deux phénomènes: l’effacement d’un catholicisme d’appartenance et l’émergence d’une catholicisme d’engagement. C’est ce dernier que nous voyons surgir en notre temps de manière tout à fait impressionnante.
Récemment, un sociologue allemand a déclaré qu'il ne fallait pas parler de « renouveau religieux » et que les baptêmes d'adultes en France n'étaient rien d'autre que des « baptêmes d'enfants rattrapés ». Pouvez-vous confirmer cela ?
Il ne faut en effet pas parler trop vite de renouveau religieux massif: le phénomène reste fragile et en surgissement. A peu près la moitié des catéchumènes proviennent de familles culturellement chrétiennes où, sans doute, il y a une cinquantaine d’années le baptême aurait été célébré juste après la naissance. Mais l’autre moitié des catéchumènes provient de milieux athées ou d’autres religions. Il y a donc une véritable attraction du Christ et la foi catholique. Le zèle de certains sociologues à dénigrer ce qui dément leurs prévisions est assez étonnant et interroge sur l’objectivité de leurs démarches.
Que vous disent les catéchumènes et les nouveaux baptisés au sujet de leurs motivations?
Tous les catéchumènes écrivent à l ’évêque pour demander les sacrements de l’initiation chrétienne. A ces lettres, il faut ajouter celles des confirmands adultes, eux aussi de plus en plus nombreux. Leurs histoires spirituelles sont particulièrement impressionnantes. C’est souvent au coeur de leurs épreuves, personnelles, familiales, professionnelles, migratoires, qu’ils ont trouvé dans le Christ et l’évangile une source de lumière et de consolation décisive. Sans le savoir, ils ont fait une expérience du Mystère Pascal et ils veulent avancer dans l’aventure de la grâce
Par quels chemins ces personnes ont-elles trouvé accès à l’Église? Où ont-elles commencé elles-mêmes à chercher?
Les chemins sont variés et souvent étonnants. Certains sont entrés dans une église et y ont vécu une expérience de paix. D’autres ont été bouleversés par la lecture des évangiles. D’autres encore ont été touchés par la beauté de la liturgie. D’autres également ont été impressionnés et interrogés par le témoignage de bienveillance, de solidarité, de foi, de prière de catholiques rencontrés. Un certain nombre des initiatives paroissiales mises en oeuvre dans la dynamique missionnaire de La joie de l’Evangile du Pape François ont pu jouer aussi.
On entend parfois dire que les réseaux sociaux jouent un rôle. Pouvez-vous le confirmer?
Les réseaux sociaux, dans leur grande diversité, jouent en effet un rôle considerable, dans une première découverte de la foi mais aussi dans la formation avant et après les sacrements de l’initiation chrétienne. Il est donc important pour l’Eglise de promouvoir voire de produire des sites de qualité. Par ailleurs, le rôle des réseaux sociaux n’est pas exclusif d’un grand besoin d’accueil concret et fraternité.
Les diocèses de la région Île-de-France souhaitent désormais étudier ce phénomène de manière plus approfondie. C’est pourquoi les évêques ont convoqué un concile provincial. Qu’attendez-vous de ces délibérations sous la forme d’un concile provincial?
Les objectifs sont multiples: favoriser la prise de conscience la plus large possible de la place centrale du catéchuménat dans la vie paroissiale; mutualiser les meilleures pratiques dans l’accueil, l’accompagnement et l’intégration des catéchumènes et des néophytes; permettre une reflexion partagée sur les situations délicates (personnes fragiles sur le plan psychique ou en ruptura avec leurs familles ou communautés religieuses d’origine…); approfondir théologiquement et spirituellement notre compréhension de l’initiation chrétienne.
Comment le concile va-t-il se dérouler exactement?
Une phase de consultations très larges a commencé: dans les paroisses, auprès des prêtres, dans les équipes locales de catéchuménat et de néophytat, dans les services diocésains, auprès des personnes en situation de pauvreté … A partir de tout cela, un instrument de travail sera élaboré et servira de base aux réflexions et aux propositions d’une assemblée de 400 personnes qui travailleront aussi en commissions thématiques.
Y a-t-il des aspects théologiques qui vous tiennent à cœur et que vous souhaiteriez aborder lors des délibérations du concile?
Il me semble qu’il nous faut mieux articuler sacrements et vie chrétienne. Certaines équipes d’accompagnement sont tellement focalisées sur la préparation du baptême qu’elles en viendraient à oublier que c’est à une vie chrétienne qu’il s’agit d’initier. Les sacrements sont fondateurs mais ordonnés à la vie dans la grâce. Par ailleurs, il nous faut mieux rendre compte de la dynamique des trois sacrements de l’initiation chrétienne: baptême, confirmation, eucharistie. Enfin, nous avons à mieux saisir et mieux annoncer comment la grâce sacramentelle agit dans le temps et appelle une diponibilité durable à son action.
Comment l’Église catholique en France évolue-t-elle avec l’afflux de jeunes et d’adultes ?
Elle éprouve une joie stimulante. Elle se rend compte qu’il ne faut pas décevoir ceux qui frappent à la porte de l’Eglise. Leur présence nous engage à davantage de profondeur spirituelle et de fraternité.
Comment le catéchuménat est-il concrètement organisé dans votre diocèse à l’heure actuelle? Où voyez-vous des possibilités d’amélioration?
Dans chaque paroisse est constituée une équipe de catéchuménat et, de plus en plus souvent, de néophytat. Des services diocésains dédiés accompagnent les équipes locales, en leur fournissant notamment de la formation. Un des enjeux d’avenir est de multiplier les accompagnateurs bien formés dans leurs capacités catéchétiques comme dans leur justesse relationnelle. En droit, tout baptisé-confirmé devrait pouvoir être accompagnateur de catéchumènes.
Un problème souvent évoqué est l’intégration des nouveaux baptisés dans la vie paroissiale. Comment gérez-vous cela actuellement dans votre diocèse?
C’est une question essentielle qui motive pour une part la célébration de notre concile provincial. Nous cherchons à renforcer l’attention locale au néophytat et à déployer at ajuster nos propositions diocésaines à l’égard des néophytes. Un enjeu important est de mieux penser le catéchuménat en vue d’une vie chrétienne durable, spirituellement enracinée et ecclésialement engagée.
Dans le débat germanophone, certains supposent que ce sont surtout les personnes aux opinions sociopolitiques conservatrices ou les partisans de la droite politique qui se tournent vers l’Église catholique. Pouvez-vous le confirmer? Que diriez-vous à ceux qui y voient un problème?
Les profils sont d’une grande diversité. Certains en effet rejoignent l’Eglise pour répondre à une quête d’identité notamment culturelle. Cette quête cependant n’a pas toujours de dimension politique et, quand elle en a une, elle peut prendre des formes variées. Il s’agit donc pour nous d’accueillir ceux que le Seigneur nous envoie avec bienveillance et ouverture de coeur pour avancer avec eux sur le chemin de l’évangile. En cette matière comme en d’autres, la peur n’est jamais bonne conseillère!
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