La vérité

N° 72 Juillet - Aout 1987*

Editorial: Hans-Urs von Balthasar : « Je suis la Vérité »

Se désignant comme la Vérité en personne, le Christ atteste d'abord qu'il accomplit la promesse faite par Dieu de se révéler lui-même : amour et Trinité. Plus encore, il se désigne comme celui qui, face au mensonge du mal, crée et récapitule en lui tous les fragments de vérité.

Problématique

Cardinal Jean-Marie Lustiger : Témoigner de la vérité

Il n'est pas demandé au témoin du Christ de témoigner de la vérité selon sa probité intellectuelle, son honneur ou sa force de conviction. Dans tous ces cas, la vérité reste soumise, à la raison, au jugement, à la mort (qui peut indifféremment témoigner de n'importe quelle cause). Mais avec le Christ, c'est la vérité elle-même qui témoigne, puis qui témoigne en ses disciples. Le témoignage de la vérité, martyre, n'est pas preuve, mais épreuve — de la Passion.

Peter Henrici, s.j. : Sophistique et philosophie

L'affrontement de Socrate et des sophistes vaut aujourd'hui encore : alors que Socrate obéit à la vérité, les sophistes la soumettent à un but, ce qui est le propre de l'idéologie. Quand l'intérêt pour la vérité devient plus important que la vérité elle-même, nous prétendons la posséder, au lieu d'en être possédés. L'attitude du philosophe est ici exemplaire : espérer être dans la vérité, la laisser grandir en nous, c'est-à-dire l'aimer.

Jean-Noël Dumont : Paradoxe et slogan

La pensée idéologique défigure la vérité en parlant par slogans. la vérité ne peut alors que se révéler en paradoxe. Le paradoxe déchire le voile obscur qu'impose le slogan.

Françoise Brague : Pourquoi nous devons apprendre à nos enfants à ne pas mentir

Le mensonge n'affecte pas d'abord le rapport d'une conscience aux choses et à leurs états, mais sa relation à d'autres consciences, donc, à la fin, à elle-même. Mentir revient toujours à se mentir à soi-même, donc, littéralement, se perdre.

Intégration

Olivier Boulnois : Philosophie éternelle et Sagesse divine

La rationalité des formules de foi exige-t-elle une philosophie éternelle, philosophia perennis ? On restera plus prudent en remarquant que les scolastiques ignoraient ce concept, que sa naissance au XVIe siècle correspond à une vision résolument concordiste du rapport au paganisme, enfin que ses  emplois contemporains soulèvent plus de difficultés qu'ils n'offrent d'éclaircissement : dans le christianisme, ce qui est éternellement vrai, ce n'est pas une ou des philosophies, mais le Christ se révélant.

Reinhard Low: Vérité et évolution

La récente « théorie évolutionniste de la connaissance » tente de produire la pensée elle-même à partir de l'évolution. Mais cette tentative elle-même, restant une pensée, ne peut se réduire à cette théorie. Il ne s'agit donc pas d'une théorie. Sera-ce donc une banale idéologie scientiste ? Ce ne serait pas la première.

Attestation

Stefan van Calster : Prêcher la vérité

Il ne suffit pas de prêcher la vérité pour qu'elle soit reçue et appliquée. Rien n'est plus facile que de déformer un message dont on ne veut pas, ou de se faire une caricature de celui qui l'émet. Il faut donc aussi que le prédicateur vive et témoigne de ce qu'il enseigne, et qu'il sache présenter son message de façon telle que l'auditeur soit obligé de s'y voir sous un jour nouveau. Les paraboles des prophètes et de Jésus en donnent des exemples frappants.

Signets

Michel Bastit : Renaissance du Droit canon ?

L'Église possède un droit, et celui-ci a déjà un long passé. N'est-il que le fruit des accidents de l'histoire? N'est-i-il qu'une transposition dans l'Église des droits civils? L'Église ne pourrait, ne devrait-elle d'ailleurs pas se passer d'un droit légaliste et codifié ? Ces questions ne peuvent recevoir de réponse simpliste. Le nouveau Code de Droit canonique semble bien avoir intégré les diverses requêtes contenues dans ces questions.

Fabrice Bouthillon : Qui a brillé les idoles de Clovis? A propos de l'intégrisme, quelques observations sur les modes de régulation dans l'Église

L'intégrisme n'est pas d'hier : sa généalogie remonte à l'intransigeantisme anti-libéral du XIXe siècle, mais placé sur la défensive, devenu groupe de pression, puis passé de la révérence à la révolte. Une analyse historique de son évolution et une description des différents aspects de sa sensibilité invitent à poser quelques hypothèses quant à l'avenir.

Jean-Baptiste Echivard : Le diaconat, vocation d'Église

Un diacre donne son expérience et sa réflexion : la figure diaconale semble avoir du mal à se distinguer de celles du sacerdoce ministériel et du sacerdoce baptismal dont Vatican II a rappelé la complémentarité; en fait l'ordination ministérielle conforme le diacre à Jésus-Serviteur qui prépare la Cène et la Passion en lavant les pieds de ses disciples.

« Je suis la Vérité »

Hans-Urs von Balthasar

« Je suis la vérité ». La parole peut d'abord paraître scandaleuse, voire monstrueuse : un homme, particulier, revendique pour lui-même ce vers quoi tout homme se dirige, ce à quoi toute personne et toute communauté morale tendent, ce qui devrait régner dans toutes les relations humaines, ce que, d'une certaine manière, on ne peut refuser à l'organisation même des animaux, des végétaux ou des minéraux (puisque les choses inanimées sont régies par des lois intérieures, sur la constance desquelles nous pouvons compter, que le scientifique suppose et que les êtres vivants manifestent en eux-mêmes dans leur développement). Comment quelqu'un, dans sa singularité, peut-il revendiquer pour lui ce qui pénètre en propre tout être particulier ? Nous pouvons essayer de le comprendre en organisant notre réponse en trois cercles concentriques qui vont s'élargissant.

1. Cette parole du Christ est dite dans le cadre biblique de l'alliance de Dieu avec l'humanité. Elle signifie alors : je suis l'accomplissement de toutes les promesses faites par Dieu ; non simplement l'accomplissement de ce que Dieu a édicté sur la manière dont l'homme doit se comporter dans l'alliance d'amitié avec lui sous la forme de prescriptions (les «dix commandements ») et qu'il a finalement inscrit au fond des coeurs des hommes ; mais aussi l'accomplissement de la promesse que Dieu a faite de se révéler lui-même tel qu'il est en vérité : comme le Dieu qui dans son amour pour le monde va jusqu'à la fm (Jean 13, 1), se manifestant ainsi comme l'amour substantiel (1 Jean 4, 16). Et cette révélation comporte non seulement qu'il est cela pour lui-même, mais qu'il le prouve en mourant sur la croix pour le monde et pour le salut du monde, nous attirant ainsi dans cette vérité divine d'amour : « Dieu est Amour ; celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui» (ibid.). Pour que Dieu soit manifesté comme l'amour [...]

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Michel Bastit : Renaissance du Droit canon ?

L'Église possède un droit, et celui-ci a déjà un long passé. N'est-il que le fruit des accidents de l'histoire? N'est-i-il qu'une transposition dans l'Église des droits civils? L'Église ne pourrait, ne devrait-elle d'ailleurs pas se passer d'un droit légaliste et codifié ? Ces questions ne peuvent recevoir de réponse simpliste. Le nouveau Code de Droit canonique semble bien avoir intégré les diverses requêtes contenues dans ces questions.

Fabrice Bouthillon : Qui a brillé les idoles de Clovis? A propos de l'intégrisme, quelques observations sur les modes de régulation dans l'Église

L'intégrisme n'est pas d'hier : sa généalogie remonte à l'intransigeantisme anti-libéral du XIXe siècle, mais placé sur la défensive, devenu groupe de pression, puis passé de la révérence à la révolte. Une analyse historique de son évolution et une description des différents aspects de sa sensibilité invitent à poser quelques hypothèses quant à l'avenir.

Jean-Baptiste Echivard : Le diaconat, vocation d'Église

Un diacre donne son expérience et sa réflexion : la figure diaconale semble avoir du mal à se distinguer de celles du sacerdoce ministériel et du sacerdoce baptismal dont Vatican II a rappelé la complémentarité; en fait l'ordination ministérielle conforme le diacre à Jésus-Serviteur qui prépare la Cène et la Passion en lavant les pieds de ses disciples.


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