Décalogue I: Un seul Dieu

N° 99 Janvier - Février 1992 - Page n° 61

Mme Marie-Christine GILLET-CHALLIOL La philosophie est-elle toujours idolâtre ?

La réduction du Dieu de la révélation au concept de Dieu semble conduire nécessairement à l'idolâtrie.
A moins qu'il ne faille inverser le mouvement de la philosophie, et lui donner à penser un objet qu'elle reçoit (et respecte) sans prétendre le comprendre. C'est ce que propose Schelling, avec la « philosophie positive ».

La première page, 61, est jointe.

«Tu n'auras pas d'autres dieux devant moi.
Tu ne te feras aucune image sculptée, rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux, là-haut, ou sur la terre, ici-bas, ou dans les eaux, au-dessous de la terre.
Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux et tu ne les serviras pas... » (Exode 20, 4-5).

CETTE interdiction divine, si évidente alors même que Dieu se révèle comme l'Unique, n'acquiert toute sa signification que si nous acceptons de prendre au sérieux ce risque d'idolâtrie, c'est-à-dire si nous ne le réduisons pas simplement à ces idoles trop ouvertement « païennes » que sont les multiples formes contemporaines du veau d'or. L'idôlatrie est au cœur de toute représentation ou de toute pensée du Dieu trinitaire lui-même, s'il est vrai que l'homme, pourtant lui-même image de Dieu, ne peut qu'abaisser et trahir son créateur dès qu'il en donne une image, condamnée à n'être à son tour que sa propre «image et ressemblance ». Faut-il pour autant tomber dans la position, certes aussi définitive et inattaquable qu'infructueuse, selon laquelle l'absolument transcendant ne saurait être ni véritablement ni légitimement pensé, mais seulement — cette restriction ne s'entend bien évidemment ici que d'un point de vue conceptuel — pressenti, intuitionné ou adoré ? La dualité, hélas trop fameuse, de la foi et du savoir est-elle vraiment le dernier mot de l'une comme de l'autre partie concernée, et la philosophie est-elle à jamais condamnée à ce triste constat d'impuissance de ceux qui se voudraient « philosophes chrétiens », ou au mépris gentiment apitoyé de ceux qui savent, depuis toujours, que la pensée n'a rien à apprendre de ce qui lui est décidément étranger ?

 

.....

Marie-Christine GILLET-CHALLIOL

 

Revue papier

La revue papier est épuisée

Revue numérique

L'exemplaire n'est à l'heure actuelle pas disponible au format numérique.