Le Christ

N° 130 Mars - Juin 1997 - Page n° 157

Michel DUPUY Sur la terre comme au ciel

C'EST LE CHRIST QUI VIT EN MOI

L'homme est-il au centre de la création ? Telle est la question essentielle pour Bérulle. Il répond en se fondant sur l'incarnation : le Fils de Dieu fait homme est au centre de l'univers. Par là -même il confère à l'homme sa dignité, le sentiment qu'il a de sa propre excellence.

C'est sur la foi en l'homme Jésus que se fonde notre foi en l'homme. Et de même que Jésus est centre de l'univers, de même notre vie personnelle doit avoir Jésus pour centre.

Les deux premières pages, sont jointes.

LA nuit, si l'on sait s'arrêter dehors, lever les yeux, prendre le temps de contempler et d'enfoncer son regard dans l'infini, alors le ciel étoilé est, depuis que sur terre il y a des hommes, fascinant. L'homme antique y logeait ses dieux à une prudente distance et se situait lui-même au centre de l'univers.

Lorsqu'Aristarque avança que c'était notre terre qui tournait sur elle-même et non le ciel autour d'elle, il donna le vertige. Aristarque fit scandale. On cria au blasphème. Pourquoi ? Ce n'était pas le séjour des dieux qui s'en trouvait ébranlé, c'était celui des hommes. Ils ne purent le supporter.

Il semble bien que l'humanité ait réussi à oublier les dires d'Aristarque, pendant une quinzaine de siècles jusqu'à Copernic. Celui-ci savait ce qu'il pensait, mais préférait ne pas s'attirer les foudres. Et près de deux siècles passèrent encore jusqu'à Galilée dont chacun sait qu'il fut moins discret. Mais l'homme ne renonça pas pour autant à être au centre de l'univers.

Au XVIIIe siècle Herschel s'avisa que la voie lactée était constituée de milliards d'étoiles parmi lesquelles notre soleil ne tient qu'un rang modeste. Chacune d'elles a-t-elle aussi sa ronde de planètes ? On ne peut le savoir. Mais l'homme ne renonça pas pour autant à être au centre de l'univers.

Au XXe siècle on découvrit que notre voie lactée était, vue de profil, une galaxie comme il y en a d'innombrables, (p.157) éventuellement organisées en amas lorsqu'on les voit avec un recul suffisant qui s'évalue en centaines de millions d'années-lumière. Mais l'homme ne renonce pas pour autant à être au centre de l'univers.

Serait-ce seulement le cas de l'humanisme extrême, athée, qui refuse toute référence à Dieu pour n'exalter que l'homme? Non, c'est plutôt le cas de ceux qui ont « foi en l'homme », et sans nier Dieu, semblent croire en l'homme plus qu'en Dieu qu'il y a diverses manières de marginaliser. On ne nie pas que Dieu soit le créateur, mais on souligne qu'il a confié à l'homme sa création et s'est en quelque sorte retiré pour respecter la liberté de l'homme et quand on parle des créateurs, il s'agit simplement de ceux qui ont su innover. Ce vocabulaire cache mal une sorte de glissement qui confère à l'homme ce qui dans l'Écriture fait penser à Dieu, Dieu qu'on doit respecter, Dieu qui demande notre foi... La Genèse invitait l'homme à régner sur les animaux et les poissons de la terre. La quatrième prière eucharistique va beaucoup plus loin en rendant grâce à Dieu d'avoir « confié l'univers » (mundi coram universi) à l'homme, formule singulièrement audacieuse quand on pense qu'à part la planète qu'il habite, l'univers immense échappe totalement à son pouvoir. On peut sourire de pareille naïveté et n'y voir que vanité ridicule. Cependant cette incontestable vanité pourrait être l'indice d'une vocation grandiose. Et j'en viens à Pierre de Bérulle au sujet duquel Communio m'a demandé cet article.

Bérulle est contemporain de Galilée. Comme tant d'autres il a regardé les étoiles. Il n'y a pas de spectacle dont il parle aussi souvent. Et manifestement il est assez informé de ce que la science de son temps est parvenue à découvrir. Il connaît la théorie de Copernic et a idée des distances astronomiques que des mesures plus précises commencent à proposer. Il se rend fort bien compte de l'enjeu religieux d'un nouveau regard sur l'univers. Qu'il faille ou non prendre à la lettre le verset biblique affirmant que Josué arrêta le soleil ne semble pas l'avoir préoccupé. Du moins il n'en parle pas. Pour lui la question essentielle est de savoir si oui ou non l'homme est au centre de la création.

Il l'affirme sans ambages. Mais, et la nouveauté est là, il ne justifie pas cette affirmation par la place centrale de la terre (p.158)

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Michel DUPUY

 

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