Il est ressuscité

N° 39 Janvier - Février 1982 - Page n° 92

Père Louis BOUYER Notes de lecture

Le Règne de Dieu est au-delà de notre histoire, mais non la réconciliation œcuménique, et l'unité se laisse entrevoir dans les sources bibliques et liturgiques. Réflexions à partir d'œuvres récentes des PP. de Lubac et Chantraine, ainsi que de M. Evdokimov et Dom R. Le Gall.

 

Nous voudrions parler ici de quelques livres parus récemment, qui ne semblent pas avoir d'étroits rapports à première vue, mais dont on verra combien étroitement liés sont les problèmes qu'ils soulèvent et contribuent à éclairer.

Le premier est l'ouvrage considérable du P. Henri de LUBAC, s.j., sur La postérité spirituelle de Joachim de Flore (2 vol. dans la collection « Le Sycomore », aux éditions Lethielleux, Paris). Le premier volume, qui va de Joachim lui-même à Schelling, avait paru en 1979: Le second, qui nous amène jusqu'à nos jours en partant de. Saint-Simon (le technocrate du début du XIXe siècle), vient de voir le jour. On sait que l'abbé Joachim de Flore (vers 1130-1202) avait cru pouvoir tirer de l'Apocalypse l'espérance d'un âge du Saint-Esprit, où l'Église et le monde seraient comme rénovés par une nouvelle et quasi-universelle Pentecôte. Cette exégèse du millenium apocalyptique est plus que discutable, mais on ne pouvait reprocher à ce bon moine qu'un enthousiasme un peu précipité, lui faisant espérer dès ce monde, à l'intérieur de son histoire et non au-delà, sinon encore la venue du Règne de Dieu qui suivra le jugement et la résurrection, celle au moins de quelque anticipation éclatante de ce Règne dans un renouveau de la ferveur première qu'avait connue l'Église des premiers temps, selon les Actes des Apôtres. En particulier lui tenait à coeur l'espoir d'un renouveau total de ce qu'on appelle « la vie religieuse », ou monastique, qui paraît n'en avoir eu à son époque guère moins besoin que la nôtre.

Mais on ne peut lui reprocher, encore qu'on l'en ait accusé, d'avoir annoncé l'avènement ni d'une nouvelle Église, ni, sous le nom d' « évangile éternel a, d'un «évangile de l'Esprit» qui se substituerait à la révélation chrétienne. La chose est plus embrouillée déjà dès qu'on passe, au XIIIe siècle, à ces franciscains, dits « spirituels» , comme Jean de Parme, et spécialement au livre, inspiré par Joachim, de Gherardo da Bargo san Donnino, qui devrait soulever controverses et condamnations.

A partir de là, cependant, ne vont pas cesser des réinterprétations du « joachimisme », lesquelles, s'en inspirant plus ou moins directement, feront leurs ces deux thèses : de la nouvelle Église devant remplacer l'Église catholique jugée irrémédiablement décadente et corrompue, et, qui plus est, de l' « évangile spirituel » supposé enseigner enfin en clair une « libération » que Jésus lui-même avait sans doute préparée, mais qu'il n'avait pas osé encore déclencher, ni même peut-être pu prévoir...

Ces vues pourront d'ailleurs prendre des formes apparemment tout opposées, mais qui n'en contracteront pas moins, à l'occasion, les plus inattendues alliances, quand ce n'est pas à de contradictoires fusions qu'elles aboutiront.

D'un côté, on aura les rationalismes, dans la ligne de Lessing, au XVIIIe siècle, qui verront dans l'éviction de tout surnaturel l'aboutissement, imprévu mais inéluctable, de cette « spiritualisation » de la religion que les prophètes hébreux avaient préparée, que Jésus aurait initiée, mais, dont, prisonnier de la mentalité de son époque, il n'aurait pu lui-même prévoir jusqu'où elle devrait aller. [...]

 

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