Notre Père III: notre Pain

N° 250 Mars - Avril 2017 - Page n° 65

Mgr. Jean-Pierre BATUT Don du pain et combat de la persévérance

Le disciple qui vient de prier le Père de sanctifier son Nom, de faire venir son Règne et de faire advenir sa Volonté se trouve, avant d’aborder la deuxième partie du Notre Père, devant une évidence : le premier lieu où cette Volonté est sans cesse bafouée se situe dans sa propre existence. Il lui faut franchir cet abîme entre lui et son Dieu, emprunter le pont qu’est le Christ, recevoir le fruit de son geste pascal dans le pain quotidien. Recevant et mangeant ce pain pour continuer à recevoir la Vie, le croyant abandonne alors tout souci pour la fécondité de sa vie, à laquelle le Christ a déjà pourvu.

 

Au beau milieu du Notre Père, après les belles élévations de la première partie sur le Nom, le Règne, la Volonté du Tout-puissant, l’homme en prière tend la main pour demander son pain. Il semble que tout à coup, son estomac se rappelle à son souvenir. Nous étions dans la théologie, et nous basculons dans l’intendance. Et comme le ferait un nourrisson interrompant par des cris intempestifs un dîner d’intellectuels aux propos élevés pour réclamer sa tétée, nous mendions notre vie. 

Pas plus que le nourrisson ne se préoccupe de la tétée suivante, nous ne nous préoccupons du lendemain : avant d’être « suressentiel » ou « supersubstantiel » (ou plutôt parce qu’il l’est), le pain est pour ce jour, et pour ce jour seulement. Aux Hébreux dans le désert, il était déjà demandé de n’amasser que la quantité de manne nécessaire pour nourrir la famille pendant une journée (Exode 16,19). Ainsi l’absence de souci du lendemain apparaît-elle connaturelle à la demande du pain, l’une et l’autre étant le propre du petit enfant : « Je tiens mon âme en paix et silence comme un petit enfant contre sa mère ; comme un petit enfant, telle est mon âme en moi » (psaume 131,2).

L’absence de souci ne dispense pas, toutefois, d’une autre qualité : la persévérance. Car il ne s’agit pas seulement de demander, mais aussi de persister dans la demande – cela, même dans l’hypothèse où elle tarderait à être exaucée et où ce retard ferait naître une incertitude sur les dispositions de celui qui donne. Dans les réflexions qui suivent, nous tenterons de montrer comment la prière de demande découle de l’attitude filiale envers celui qui donne, et comment la vertu de persévérance jette un pont entre la demande que Dieu réalise sa volonté et la demande du pain quotidien. Si ce pont, si ce lien existe, alors, à l’image du Christ, je pourrai rendre ce que je reçois, disposer de la vie que le Père me donne de manière à la donner à mon tour. 

Le don paternel

À nous en tenir aux seuls évangiles synoptiques, le mot « pain » y est présent de manière significative comme ce qui synthétise la question cruciale de la nourriture qui se pose à l’humanité depuis toujours. Le [...]

 

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