L'Eglise une

N° 236 Novembre - Décembre 2014 - Page n° 13

R. P. Benoît-Dominique DE LA SOUJEOLE L’Eglise est-elle une personne ?

La personnalité de l’Église peut être saisie soit à partir de son unité mystique avec le Christ (l’unité paulinienne de la Tête et du Corps, le « Christ total » de S. Augustin), soit à partir de sa distinction d’avec le Christ (la distinction également paulinienne du Christ-Époux et de l’Église-Épouse). Ces deux perspectives s’unifient dans la distinction et la relation du mouvement de la médiation descendante par laquelle Dieu fait grâce et du mouvement de la médiation ascendante par laquelle l’humanité rachetée fait retour à Dieu. 

 

La communauté chrétienne, prise dans son ensemble, est souvent présentée comme une personne. Une des expressions les plus courantes de la Révélation désigne l’Église comme épouse de l’Agneau et mère des hommes1. Il s’agit là de figures ou d’images venues de l’Écriture sainte. Elles sont suggestives. Peut-on dire plus ? A priori, cela semble difficile. La qualité personnelle d’un sujet désigne la dignité particulière d’un être auteur de ses actes, un « soi-même » face aux autres, un « je » jouissant dans sa vie de relation de droits et de devoirs2. Une telle qualité d’être est réservée, semble-t-il, à l’individu. Dès lors comment une communauté formée de personnes individuelles pourrait-elle être elle-même une personne d’une façon autre que métaphorique ? 

Et pourtant, c’est dans un sens très réel que la Tradition affirme la personnalité de l’Église. Elle le fait de deux façons distinctes, selon que l’Église est considérée comme profondément une avec le Christ, ou selon qu’elle est considérée distinctement du Christ. Après avoir présenté ce donné (I), nous proposerons quelques observations complémentaires (II).

1. Le donné de la Révélation

1.1 L’Église, une dans le Christ

L’union du Christ-Tête avec l’Église-Corps (par ex. Colossiens 1,15-18 ; Éphésiens 1,18-23) forme comme une seule Personne. Les mentions principales sont chez saint Paul : « Tous, vous êtes un dans le Christ-Jésus » (Galates 3,28)3 ; « … c’est un même être [avec le Christ] que nous sommes devenus… » (Romains 6,5)4 ; « …en lui [le Christ] un seul homme nouveau [...]
 

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1 Voir Vatican II, Lumen gentium 6. Voir aussi 14 et 15 [désormais cité LG].

2 On ne peut pas lire la tradition ecclésiologique avec une notion univoque de la personne. L’Écriture et les Pères véhiculent une acception très implicite de la personnalité ; le Moyen-âge latin, surtout saint Thomas d’Aquin, fait référence à la définition de Boèce qui repose sur une métaphysique de la substance ; l’époque contemporaine offre une pluralité de significations assez large. Si les facultés d’intelligence et de volonté sont généralement reconnues comme constitutives de la personnalité, on peut pour notre étude se fonder sur une acception communément reçue de la personne comme « sujet » singulier s’exprimant par des actes spécifiquement humains dont il est l’auteur singulier. Pour un emploi de cette compréhension large, voir Benoît XVI, Discours à la curie romaine, 22 déc. 2005 (sur l’herméneutique de Vatican II) : « … (le) renouveau dans la continuité de l’unique sujet-Église, que le Seigneur nous a donné ; c’est un sujet qui grandit dans le temps et qui se développe, restant cependant toujours le même, l’unique sujet du Peuple de Dieu en marche. », Doc. cath. 15 janv. 2006, 2350, p. 59. 

3 Traduction littérale du grec.

4 L’expression est très forte, littéralement : « …devenus de la même nature (physis) ».

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