Il s’est anéanti

N° 242 Novembre - Décembre 2015 - Page n° 55

Mgr. Jean-Pierre BATUT La décision de kénose du Fils et l’obéissance filiale du chrétien

La kénose du Fils de Dieu est une décision. C’est ce que nous apprennent déjà les chants du Serviteur au Livre d’Isaïe, et c’est ce que confirme l’Hymne aux Philippiens. Si nous ne pouvons imiter l’évidement de celui qui est « de condition divine », nous pouvons, avec sa grâce, faire nôtres ses dispositions intérieures et participer ainsi pleinement à son offrande eucharistique. 

 

L'idée de kénose est celle d’un évidement de soi-même, d’un abandon par un individu de sa propre substance. Cette idée n’est pas propre au Nouveau Testament : on la trouve déjà dans un texte du second Isaïe qui joua un rôle central dans la première prédication chrétienne, le quatrième chant du Serviteur souffrant (Isaïe 52, 13 – 53, 12). Quand Jésus propose aux « disciples d’Emmaüs » une relecture des Écritures (Luc 24), nous ignorons à quels passages il a recours pour sa démonstration, mais il y a de fortes chances qu’il ait mis en relation l’expérience de la croix, désastreuse pour la foi des disciples, avec les tribulations du Serviteur. Et cette présomption devient certitude lorsque nous nous tournons vers un épisode qui, à bien des égards, est la transposition ecclésiale de celui d’Emmaüs : celui d’Actes 8, 26-39.

Dans ce texte bien connu, l’eunuque de la reine Candace est rejoint par Philippe sur la route de Gaza alors qu’il lit sur son char le quatrième chant du Serviteur, plus précisément les versets 7 et 8 du chapitre 53 : « Comme une brebis il a été conduit à la boucherie ; comme un agneau muet devant celui qui le tond, ainsi il n’ouvre pas la bouche. Dans son abaissement la justice lui a été déniée. Sa postérité, qui la racontera ? Car sa vie est retranchée de la terre. » Il est remarquable que ces versets du quatrième chant figurent parmi ceux qui insistent le plus sur la passivité apparemment totale du Serviteur. Le mot « passion » connote la passivité, et de fait le Serviteur semble n’être en rien l’acteur de ce qui lui arrive. À cet égard, la question de l’eunuque à Philippe : « de qui le prophète dit-il cela ? de lui-même ou de quelqu’un d’autre ? » – cette question a quelque chose d’incongru. Comment, en effet, quelqu’un pourrait-il prophétiser son intention d’entrer dans une totale passivité ? À moins, bien entendu, qu’il ne prophétise une fatalité qui va s’abattre sur lui sans qu’il puisse y jouer aucun rôle, sinon de la subir.

Mais justement, en annonçant à l’eunuque « la bonne nouvelle de Jésus », c’est tout autre chose qu’une fatalité que Philippe lui expose. Et s’il peut le faire « à partir de ce texte de l’Écriture », c’est parce que le quatrième chant ne s’arrête pas à la passivité du Serviteur. En effet, [...] 

 

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