Vieillir

N° 264 Juillet - Aout 2019 - Page n° 49

Bernard N. SCHUMACHER L'accueil de la vieillesse

Le culte de la performance et le déni de la mort ont imposé l’idée qu’une vieillesse réussie consistait à paraître toujours jeune. Cette idée fausse pervertit les rapports humains. Au lieu de vivre dans un passé bloqué ou un avenir illusoire, la sagesse du grand âge consiste à vivre au présent en recevant celui-ci comme un don immense.

 

« J’entre dans l’ascenseur, j’appuie sur le bouton du deuxième étage et je m’apprête à une nouvelle rencontre avec le monde à l’envers1. » C’est ainsi que le poète Christian Bobin débute le récit d’une des visites qu’il rend à son père, atteint de la maladie d’Alzheimer et hospitalisé dans une maison de long séjour. À la fin de ce court texte, intitulé La Présence pure, il note ceci : « Ceux qui ont très peu de jours et ceux qui sont très vieux sont dans un autre monde que le nôtre. En se liant à nous ils nous font un présent inestimable2. » Qu’est‑ce à dire pour nous qui sommes jeunes, en bonne santé, hyperactifs, hyper‑connectés, obnubilés par la performance et la volonté de tout contrôler ? Ce présent consisterait‑il en une vieillesse « réussie » ? Et si le monde à l’envers dans lequel se trouve la personne âgée nous révélait une partie du monde à l’endroit, une dimension essentielle de notre humanité que nous aurions voulu oublier ?

1. Le monde à l’endroit des « bien‑portants »

Le monde à l’endroit des « bien‑portants » voue un culte à la performance, à l’efficacité, à ce qui est utile, à ce qu’on peut contrôler, dans le but de soumettre le réel dans son ensemble à la volonté de l’homme ; c’est pourquoi on y vénère plus que tout les valeurs suprêmes de l’autonomie et de l’indépendance. Cela ne concerne pas que le monde des jeunes ou des adultes « mûrs » ; ces idées imprègnent également le discours de la société sur la vieillesse. La culture occidentale, de manière générale, serine qu’il faut à tout prix « réussir » sa vie si l’on ne veut pas être un perdant3, et cela vaut plus particulièrement pour la dernière étape de l’existence, comme le souligne le biochimiste écrivain Joël de Rosnay : « Oui, il est possible de bien vivre la dernière phase de notre vie, de réussir notre longévité. Prolonger la durée de la vieillesse ou prolonger celle de la jeunesse n’est pas du tout la même chose : il est plus positif de chercher à allonger la durée de la jeunesse. De vieillir “jeune” en quelque sorte4. » [...] 


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1 Christian Bobin, « La Présence pure » (1999), dans La Présence pure et autres textes, Paris, Gallimard, 2012, pp. 121- 151, p. 136.

2 Ibid., p. 150.

3 Voir Alain Ehrenberg, Le Culte de la performance (1991) Paris, Arthème Fayard/Pluriel, 2010 et La Fatigue d’être soi. Dépression et société (1998), Paris, Odile Jacob, 2000.

4 Joël de Rosnay, « Le corps » (1re partie), dans Joël de Rosnay, Jean-Louis Servan-Schreiber, François de Closets et Dominique Simonnet, Une vie en plus. La Longévité, pour quoi faire ?, Paris, Seuil, 2005, pp. 17-95, p. 43. 

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