Vieillir

N° 264 Juillet - Aout 2019 - Page n° 87

M. Didier LAROQUE Sur l’architecture des maisons de retraite françaises

Le nombre croissant de personnes âgées entraîne une multiplication de lieux d’hébergement spécialisé. On tend à y gérer le plus économiquement possible l’inutilité sociale des vieillards. Mais pour savoir comment s’occuper d’eux, il faut se demander pourquoi, et ce sont les questions que soulève l’architecture des maisons de retraite.

 

Le vieillissement croissant de la population nationale entraîne un développement inédit des maisons de retraite. Nous vivons désormais dans une société qui favorise l’allongement de la vie, mais qui ne semble pas fournir à cela un motif : pour quoi devrait-on vivre longtemps ? S’agit-il de goûter jusqu’à la lie ce qu’est l’existence ? Dans un état diminué ne trouve-t-on qu’une condition humaine abrégée ? Y aurait-il au contraire dans le grand âge une sorte de chance à saisir ? L’objet du présent article est d’examiner succinctement ce que révèlent les programmes, le fonctionnement et l’architecture en somme des établissements destinés aux vieillards. 

Les maisons de retraite récemment bâties — quels que soient les nombreux acronymes qui les désignent — ont une apparence neutre qui ne semble pas l’effet d’une science de l’homme approfondie. Ce sont des lieux dont l’organisation est généralement prosaïque et qui ne paraissent qu’adaptés à leurs usages triviaux et thérapeutiques, mais ils ne se présentent pas distinctement, comme autrefois l’hôpital, le lycée ou la prison ; ils n’ont pas de forme singulière : ce sont des manières d’hôtels dotés de quelques aménagements pour la circulation commode des fauteuils roulants et des civières, et pour qu’y soient réalisés divers soins médicaux ou physiothérapiques. Il y a d’emblée peu à commenter du point de vue architectural, la neutralité atrophie le propos. Au second regard, on peut observer que l’édifice, en son abstention d’architecture et en sa simplicité « fonctionnelle », ne représente la vieillesse humaine que comme impotence. Par la configuration des bâtiments et par leur usage, à l’évidence, il apparaît que le pensionnaire d’une maison de retraite est d’abord et exclusivement l’objet de soins ; sa vie selon l’institution se résume aux bienfaits qu’il reçoit ou attend de recevoir. Un assisté : telle est la définition de l’homme à cet endroit, ce qui, pour une part, répand une ombre affreuse sur la vie ; et, pour une autre, fait humblement songer que nous sommes voués à l’altérité. Ainsi donc la chance à saisir serait celle d’une connaissance : nos aînés mal-en-point nous permettraient d’accéder à une dimension surnaturelle de la réalité qui transcende infiniment le monde. Comme mille autres aspects de l’existence, le grand âge pourrait être l’occasion d’un rappel à l’amour « jusqu’au mépris de soi ».

Il ne serait pas conforme à la vérité de dissimuler ou de diminuer l’importance du véritable effroi que le visiteur éprouve devant la population de [...]

 

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