Les chrétiens et le politique

N° 6 Juillet - Aout 1976 - Page n° 18

M. Claude BRUAIRE Politique et miséricorde

Le chrétien n'entre pas en politique comme on entre en religion : il y reconnaît un ordre autonome, qui a ses règles et ses limites. Il sait aussi qu'il doit y exercer, politiquement mais hors du jeu politique, la miséricorde du Christ.

 

Le postulat spirituel de l'égalité de droit

Le droit de chaque individu à exercer sa liberté est inscrit dans nos constitutions depuis deux siècles. Mais l'usure des mots n'explique pas seule la désaffection pour leur sens. Sans doute, à l'heure où la réelle demande de liberté cède aux appétits de richesse, chaque parti politique, en peine de s'annexer les inquiétudes, agite-t-il sa charte des libertés. Chacun s'empresse de trouver une formule pour un domaine où le droit semble insuffisant. mais nul de nos politiques ne sait fonder l'affir­mation, si récente et si difficile, d'une vocation de tout être humain à la liberté. Affirmation aussi fragile que l'esprit qui la porte.

Nous avons oublié que c'est l'inégalité qui est naturelle, que toute expé­rience et toute apparence hiérarchisent les individus, que le droit égal des faibles contredit la simple raison. Nous avons oublié qu'il a fallu l'incroyable réussite de la provocation du christianisme pour faire passer dans les institutions le principe d'une identique destinée d'esprit que nos formules juridiques, constitutionnelles, ne retiennent qu'en empruntant lourdement à la mesure des choses : l'égalité. Et c'est pourquoi l'égalité pour la liberté vacille dans nos pratiques matérialistes. Une montée de l'eugénisme, tenté par les puissances de manipulation génétique que secrète la biologie, un néo-naturalisme, renforcé par les refus des contraintes et des artifices de la technique, font reculer la frêle certitude du prix infini de chaque personne. Un retour à la barbarie s'accélère sous la pression de revendications toutes matérielles, quand le pouvoir politique n'entend plus la demande, qui le justifie, de donner force au faible, pour assurer une justice commune, quand il est sans cesse convo­qué à la seule gestion de l'activité économique.

Sans doute peut-on dire que la suscitation du christianisme était relayée par une croyance séculière vivant de sa sève propre. Sans doute une logique philosophique peut-elle conclure à l'affirmation universelle d'une destinée de liberté inscrite en l'être d'esprit de chaque homme. Mais un consensus s'estompe quand s'oublie son origine religieuse, dans le temps où le soin de la vie individuelle, emplissant toute préoccupation, accuse les différences, fixe aux apparences et entra ne les comportements au matérialisme qui ne peut faire acception d'une identité du droit. Non seulement, comme le soutenait la philosophie préchrétienne, une caté­gorie d'êtres humains détient par nature le privilège de la liberté du citoyen, mais celle-ci se décharge d'intérêt quand le besoin de sécurité et de prise en charge se substitue au désir d'être acteur de sa propre existence. [...]

 

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