Décalogue I: Un seul Dieu

N° 99 Janvier - Février 1992 - Page n° 4

Abbé Jean-Robert ARMOGATHE De la loi à l'amour

éditorial

La revue Communio a décidé d'étudier le Décalogue. Cela pose deux problèmes.
-*Quel est le découpage des dix commandements dans la Bible?
-*Quelle est leur place dans la catéchèse?

 Il importe de répondre qu'ils viennent après le Credo et les sacrements dont ils sont la réalisation.

Les deux premières pages, 4-5, sont jointes.

ENTRE 1976 et 1991, le premier cahier annuel des différentes éditions de la revue Communio a traité d'une phrase du Credo. Outre l'intérêt de cette étude systématique pour commenter notre confession de foi, il s'est agi l? , comme Hans Urs von Balthasar l'a souvent fait remarquer, d'une façon de tenir et présenter la communio entre les différents pays et dans les différentes langues. Au terme de ces quinze années, la décision a été prise de passer ? l'étude du Décalogue, en traitant chaque année d'une des dix « Paroles ». La mise en œuvre de cette décision commune entraînait deux problèmes qu'il convient ici d'aborder et de traiter.

1. Quels sont les dix commandements?

La difficulté provient de l'existence de deux listes distinctes, qui sont l'une et l'autre attestées par de bonnes autorités. Le Décalogue et son intitulation forment les versets 1-17 du chapitre 20 de l'Exode; il s'agit d'un morceau original, sans lien logique avec ce qui le précède ou le suit. Une autre présentation se trouve au Deutéronome (5,6-18): insérées dans un discours de Moïse, les « paroles » [[Pluriel des versions ; l'hébreu a le singulier : « parole ».]] y reçoivent une place plus logique et toute naturelle. Dans les deux cas, il est habituel de parler de « la décuple Parole », ou Décalogue ; le mot n'est pas biblique, mais se trouve pleinement justifié par Deutéronome 4, 13 (« les dix Paroles » ; Deutéronome 10, 4 et Exode 34, 28). La tradition juive, enregistrée dans le Talmud, considère le premier verset comme un commandement, tandis que les exégètes chrétiens y voient un titre, ou une entrée en matière. Pour garder le chiffre de dix, le judaïsme a contracté en un seul commandement les versets 3 à 6 (unicité de Dieu et interdiction des «images »). Saint Augustin (et à sa suite la Réforme luthérienne) a rassemblé en un seul commandement les deux premiers, tandis que l'enseignement courant des catholiques a fait disparaître l'interdiction des images... L'Église orthodoxe, les réformés de tradition calviniste et les anglicans ont conservé le « découpage » biblique.

On lira le détail des argumentations respectives dans les articles suivants, en particulier dans celui de Christoph Dohmen. Il fallait choisir, pour les dix cahiers de Communio, un texte qui puisse être retenu par toutes les éditions. La décision, retenue dans la rencontre internationale de Zagreb (mai 1991), fut de s'en tenir, pour le découpage présenté dans les cahiers, à la numérotation catholique habituelle, celle de la catéchèse augustinienne. Les études retenues pour chaque commandement porteront, bien entendu, sur le texte biblique.

2. Quelle est la place des dix Paroles dans la catéchèse?

Il est important de faire mémoire de ces Paroles dans l'apprentissage des vérités révélées, et la catéchèse chrétienne leur a longtemps donné une place de choix, dans la mémoire des enfants comme dans l'ordre doctrinal. Devant les niveaux d'instruction relatifs des populations catholiques et réformées, le Concile de Trente avait jugé opportun de rédiger une présentation globale de la foi, le Catéchisme du Concile. Ce texte met l'accent sur les sacrements, placés tout de suite après le Symbole. Une troisième partie, moins importante, contient les commandements de Dieu et ceux de l'Église ainsi que les prières. Or, malgré son autorité romaine, ce plan : symbole-sacrements-commandements ne va pas être conservé dans la catéchèse catholique. On connaît l'ordre que propose saint Vincent de Paul [Dans sa Correspondance, Paris, t. Il, p. 257-287 (conférence du 20 août 1658).]] : sa « petite méthode missionnaire » propose d'instruire sur les motifs, la nature et les moyens. Ce plan rappelle des formes anciennes de catéchisme, conduisant des fins de l'homme aux péchés et vertus, puis aux sacrements. Les commandements vont s'introduire en seconde place, comme déterminant pour le partage des péchés et des vertus. Cette seconde place, qui repousse à la fin des manuels l'enseignement sur les sacrements, entraîne une moralisation de la vie religieuse. On a coutume d'attribuer ce type de catéchèse aux jansénistes et en effet les deux modèles français du genre, le catéchisme dit «des Trois Henris» (Angers, Luçon, La Rochelle 1675) et celui de Montpellier (1702) sont d'inspiration janséniste et ont été dénoncés comme tels. Mais cet ordre est de fait une adaptation du catéchisme rédigé par Pierre Canisius, un jésuite. Il peut aussi se réclamer directement de saint Augustin (De catechizandis rudibus).

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Jean-Robert ARMOGATHE 

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