Décalogue I: Un seul Dieu

N° 99 Janvier - Février 1992 - Page n° 9

R. P. Michel SALES Les dix paroles de Dieu, et la première par-dessus tout

Thème

Le premier commandement fonde l'autorité des neuf suivants.

La tradition de l'église, se fondant en particulier sur saint Paul, n'a pas vu seulement dans le Décalogue une loi sainte donnée par Moïse à Israël et rappelée aux Chrétiens par Jésus-Christ, mais la Loi naturelle inscrite par Dieu dans le coeur de tout homme antérieurement au drame de la désobéissance d'Adam et que tout homme, croyant ou incroyant, quelle que soit sa foi ou son idolâtrie, porte toujours aujourd'hui inscrite en son coeur.

Tenté dans le désert, Jésus dit au diable : « Va-t-en, Satan ; il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu ne serviras que Lui. »  Matthieu 4, 10

 « Car il n'y a rien de plus rationnel que d'aimer Dieu par-dessus toutes choses... »  G. Fessard

IL n'y a pas si longtemps, tout baptisé connaissait par cœur les dix commandements de Dieu. Sans faire d'exégèse, souvent sans même avoir de Bible à sa disposition, le petit enfant chrétien qui allait au catéchisme recevait, dans l'antre imprenable et merveilleux de sa mémoire, le même trésor que tout petit enfant juif dans le monde. Sous une forme simplifiée, mais fidèle, adaptée à son âge et à sa culture, il était ainsi introduit par l'Église, notre Mère, dans la grande théophanie du Sinaï. Il recevait des successeurs des Apôtres les dix Paroles sacrées le Décalogue [[« Le terme hè dekalogos d'où vient notre mot français « Décalogue », apparaît pour la première fois chez Irénée et Clément d'Alexandrie. Il doit son origine à trois passages de l'Ancien Testament (Exode 34, 28 ; Deutéronome 4, 13 ; 4) qui mentionnent dans le texte massorétique l'expression 'asereth hadevarim rendue dans la Septante par tous deka logous (Exode 34, 28 ; Deutéronome 10, 4) ou par ta deka rhèmata (Deutéronome 4, 13). Quel texte désignent ces diverses expressions? — Pour Clément et Irénée ainsi que pour la tradition chrétienne postérieure, il n'y a pas d'hésitation possible : le Décalogue, c'est Exode 20, 2-17 et son parallèle Deutéronome 5, 6-21). Michel Lestienne, « Les dix paroles et le Décalogue », dans Revue biblique, 1972, p. 484.) Au terme de remarquables analyses, l'exégète que nous venons de citer conclut que « les données qui ressortent de l'analyse des trois attestations de l'expression les dix paroles sont convergentes. Cette expression aussi bien que son identification avec notre Décalogue est attestée au plus tôt vers la fin du VIè siècle et au plus tard vers la fin du VIIè siècle. D'autre part, il n'y a aucun indice positif qui permette de penser que cette expression ait jamais désigné autre chose que notre Décalogue, ni que l'on ait jamais donné aux tables un autre contenu déterminé que notre Décalogue ». (Ibidem, p. 491.)]] que Jésus était venu non point abolir, mais accomplir.

 Il se peut que notre mémoire soit infidèle, qu'elle n'ait pas reçu ce dépôt et ignore, peu ou prou, son origine exacte et son contenu. Ouvrons donc l'Ancien Testament, commun aux Israélites, croyants ou non, et aux Chrétiens, tant d'origine païenne qu'israélite. Lisons-les ou relisons-les. Mais, pour les écouter comme elles doivent l'être, on ne saurait mieux faire que de s'arrêter un moment sur leur préambule pour se demander : Qui parle ? Qui me parle ? « Je suis le Seigneur ton Dieu » : derrière ces simples mots, c'est le Créateur dont il faut d'abord goûter la présence actuelle et bienfaisante dans la vie de tout homme ; c'est le Dieu vivant, Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu qui sans cesse, suscitant des prophètes et des sages, accompagne et relève Israël ; c'est le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Ce Dieu qui parle, c'est pour nous qu'Il le fait : pour que nous ayons la vie, la sagesse, le salut. Mieux : pour que, dès ici-bas, nous incarnions dans la fragile, mais précieuse réalité de notre être de chair Sa propre vie, Sa sagesse, Sa sainteté. On ne saurait mieux les recevoir et même les quérir qu'avec la conviction si simplement exprimée par le Psalmiste : Oui, «la loi du Seigneur est joie pour le coeur. La loi du Seigneur est parfaite, qui redonne vie. La charte du Seigneur est sûre, qui rend sage les simples. Les préceptes du Seigneur sont droits : ils réjouissent le coeur. Le commandement du Seigneur est limpide : il clarifie le regard... La crainte du Seigneur est pure, immuable à jamais. Les décisions du Seigneur sont loyales et pleinement justes. Plus désirables que l'or, qu'une masse d'or fin. Plus savoureuses que le miel qui s'écoule des rayons » (Psaume 18, 8 ss).

 ....

Michel SALES 

Revue papier

La revue papier est épuisée

Revue numérique

L'exemplaire n'est à l'heure actuelle pas disponible au format numérique.