Maurice Blondel et l’Université - La vocation d’un laïc

Marie-Jeanne COUTAGNE
L'idée d'Université - n°225 Janvier - Février 2013 - Page n° 42

 Maurice Blondel (1861-1949) occupe dans la philosophie et dans l’Université française une position « paradoxale », qui entend écarter toute concession susceptible de conduire  « l'Esprit Chrétien » à renoncer à  lui-même. Là est l'originalité de sa pensée et le fondement  de sa relation avec l'Université. Sa thèse, l’Action (1893), dessine cette exigence, développe l’argumentation qui structurera sa réflexion ultérieure et justifie ce qu’il considère dès l’origine comme sa « vocation » de laïc.

 

Une audace sans exemple...

Modernité, positivité, scientisme, laïcité, au centre de ce nouveau monde culturel, le principe de l’immanence et de l’autonomie de toute entreprise humaine, qui ne peut désormais ne compter et ne s’appuyer que sur soi, puisqu’elle ne reconnaît rien au-delà d’elle même ! D’où un postulat général de séparation, là où l’intelligence catholique en appelle au principe d’intégration. Être moderne c’est apprendre à spécialiser, à séparer : le choc est « frontal » 1.

C’est au cœur de cette antinomie, dans une position « paradoxale », qu’entend se situer l’effort de Maurice Blondel, écartant tout concordisme, ou toute concession, qui, pente glissante, conduirait « l’Esprit Chrétien » à renoncer à lui-même. Là est l’originalité de la pensée blondélienne et la clé de sa relation avec l’Université. Une voie neuve, si neuve même que Victor Brochard, lors de la soutenance célèbre de la thèse blondélienne « l’Action » (1893), parla d’une « audace dont, depuis que l’Université est Université, il n’y a pas d’exemple ! 2 ».

Formé dans une famille profondément catholique, d’une grande piété, Blondel décida très tôt, d’entrer dans l’esprit qui animait à la fois la République et son Université, d’explorer les implications de ce mouvement de pensée a priori étranger, voire hostile, et de voir jusqu’où le conduirait cette exigence, sur laquelle jamais, au cours de sa vie, il ne revint.[...]

 

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1. Voir Émile Poulat, « La pensée blondélienne dans le cadre de la crise moderniste », in Une Dramatique de la modernité, Actes du colloque, Paris, 1989, éd. Universitaires, 1990, p. 23.

2. Voir Maurice Blondel, Œuvres Complètes (OC), t. 1, Paris, PUF, 1995, p. 695-745.


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