Purifier la conscience

Abbé Florent URFELS
L'examen de conscience - n°241 Septembre - Octobre 2015 - Page n° 15

L’Épître aux Hébreux montre les limites de « l’anamnèse des péchés » dans l’Ancienne Alliance à la lumière du régime nouveau inauguré par le Christ. Quelle fonction peut encore avoir, pour celui dont le cœur a été purifié à la racine par le sacrifice du Christ, l’examen de conscience ? L’Épître offre une piste pour répondre à cette question.

 

Le terme de « conscience » [syneidêsis], quoique courant en grec hellénistique, est très rare dans la Septante. Le Nouveau Testament l’utilise en revanche largement : trente occurrences, dont vingt dans le seul corpus paulinien. Des deux sens principaux de syneidêsis (conscience psychologique ou présence de l’homme à soi, conscience éthique ou lieu d’interpellation de l’homme par un Bien transcendant), Paul retient surtout le second (Romains 2,15 : « [les païens] montrent que l’oeuvre de la Loi est écrite dans leur coeur, car leur conscience en rend témoignage et leurs pensées les accusent ou les défendent tour à tour »). De fait, pour l’anthropologie biblique comme pour l’anthropologie philosophique, la conscience est une instance éthique fondamentale. Elle permet à l’homme de dépasser un rapport immédiat au monde, typique de l’animalité, en posant un regard critique sur ses propres actions pour en juger la conformité à une loi morale universelle et non-écrite (la loi naturelle des stoïciens) et, en ultime analyse, à la volonté de Dieu. 

La « purification » [catharismos ou catharsis], de son côté, appartient originellement au langage du culte. Dans la plupart des religions du Proche-Orient ancien – et Israël ne fait pas ici exception à la règle – l’accès aux temples était conditionné par des règles sévères de pureté rituelle. Le contact avec un cadavre, avec des excréments, avec les fluides corporels liés à la sexualité, les maladies de peau ou les infirmités corporelles, tout cela rendait impur et donc inhabile à offrir un sacrifice réunissant autour de l’autel, pour un banquet sacré, les dieux et les hommes. Dans la plupart des cas, l’impureté n’était cependant pas permanente. Elle pouvait être levée par des bains rituels rendant à nouveau possible l’entrée dans les sanctuaires des dieux. 

Dans l’Ancien Testament déjà, le lexique de la pureté s’est chargé d’un sens métaphorique en passant du registre rituel au registre éthique ou spirituel. Cette transposition est bien attestée dans les psaumes. Ainsi cette demande du Miserere obéissant à la règle poétique du parallélisme synonymique : « crée en moi un coeur pur [cardian catharan], renouvelle en moi un esprit bien disposé ! » (Psaumes 51,12), le coeur au sens biblique étant le siège non de l’affectivité mais de la décision, c’est-à-dire la liberté agissante (voir Genèse 20,5). On retrouvera le « coeur pur » dans les Béatitudes [...]

 

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