Les conditions de la liberté – Kant contre Kant

Mme. Émilie TARDIVEL
Éduquer à la liberté - n°254 Novembre - Décembre 2017 - Page n° 77

À partir d’une lecture croisée des Propos de pédagogie et de la Critique de la raison pratique de Kant, est montré le privilège de l’expérience éducative sur toute doctrine morale systématique pour parvenir à une conception authentique de la liberté dans son rapport à la loi morale, qui n’est pas d’abord un fait de la raison, mais le fait d’un don. Est abordée conjointement la question des modalités de notre moralisation, c’est-à-dire de la conversion de notre liberté en liberté pour le bien commun.

 

« C’est d’une bonne éducation que naît tout le bien dans le monde1. »

On pourrait considérer l’éducation comme une simple question idéologique, c’est-à-dire comme une simple application à l’expérience éducative d’une doctrine morale qui en constitue le présupposé ininterrogé. Dans les pages qui suivent, nous voudrions au contraire souligner le privilège de l’éducation sur toute doctrine morale systématique pour parvenir à une conception authentique de la liberté dans son rapport à la loi morale. Grâce à ce renversement de perspective, l’éducation peut alors apparaître comme ce qu’elle est : une question proprement morale, dont l’enjeu se rapporte directement, pour le dire comme Descartes, au bon usage de notre libre arbitre. 

Pour ce faire, nous prendrons comme point de repère la pensée d’Emmanuel Kant. Outre ses trois Critiques, Kant est l’auteur d’une réflexion sur l’éducation, qui est issue des leçons qu’il a professées à l’Université de Königsberg durant plusieurs années, du semestre d’hiver 1776-1777 au semestre d’hiver 1786-1787. Le problème de l’éducation est pour lui très clair : il s’agit de savoir comment « concilier la soumission à la contrainte légale avec la capacité à se servir d’une liberté2 ». L’éducation est d’abord pour Kant une éducation à la liberté, et plus exactement à l’autonomie, c’est-à-dire à une liberté qui trouve son accomplissement dans le respect de la loi. 

La question est dès lors pour nous de savoir si le problème de l’éducation se réduit chez Kant aux modalités de notre autonomisation, ou s’il excède ce simple enjeu pratique. Une lecture un tant soit peu attentive des Propos de pédagogie (1776-1787) et de la Critique de la raison pratique (1788) montre une nette contradiction entre la réflexion de Kant sur l’éducation et sa doctrine morale : alors que la première reconduit intégralement l’homme à son éducation3, la seconde aboutit à l’idée inverse d’une auto-prédestination au bien ou au mal4, comme [...]

 

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1 E. Kant, Über Pädagogik, AK, IX, p. 448 ; trad. fr. modifiée P. Jalabert, Propos de pédagogie, Pléiade, t. 3, p. 1156 (noté UP).

2 Ibid., p. 453 ; trad. fr. modifiée, p. 1161.

3 Voir Ibid., p. 443 ; trad. fr., p. 1151.

4 Voir E. Kant, Kritik der praktischen Vernunft, AK, V, p. 99-100 ; trad. fr. L. Ferry et H. Wismann, Critique de la
raison pratique
, Pléiade, t. 2, p. 729-730 (noté KpV).


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