La violence et l'esprit

N° 28 Mars - Avril 1980*

Claude Bruaire Violence à l'Esprit

Problématique

Philibert Secrétan : Force, violence, terreur (l'univers, l'homme, l'ange)

Avant de juger la violence, il faut la comprendre. Elle caractérise en propre l'homme, alors que la force relève du jeu du monde, et la terreur de la tentation angélique d'une pure raison.

Gaston Fessard, s.j. (présentation et notes de Michel Sales, s.j.) : Esquisse pour une analyse chrétienne de la société

Pour l'analyse globale de la société, la dialectique du Maître et de l'Esclave (Hegel) reste incontournable. Mais elle ne dispense pas d'une autre dialectique, supérieure, entre l'Homme et la Femme, par où l'amour devient une catégorie opératoire.

Antonio M. Sicari, o.c.d. : La force et les Béatitudes

Le message des Béatitudes n'invite pas à déserter les combats de l'histoire, mais donne la force d'y intervenir sans devoir choisir entre la violence et la lâcheté : le jeu de la mort et de la résurrection donne une autre force et rend possibles d'autres relations.

Intégration

Jean Laloy : Désordre établi ou Ordres non établis ?

La violence peut presque devenir, comme aujourd'hui, une institution. Mais son institutionalisation ne résulte pas toujours d'un « désordre établi » ; plus souvent, elle provient de l'impuissance des hommes à établir les ordres qui seuls pourraient assurer la justice et donc la paix.

Attestations

Violette Iverni : Avec les armes de l'esprit

Les dissidents soviétiques se caractérisent entre autres par leur refus de la violence (et de la non-violence, cette autre violence). Comment peuvent-ils agir pourtant si efficacement ? Parce qu'ils retrouvent, explicitement ou non, la vérité du martyre chrétien : seul l'esprit est fort, tout le reste est faiblesse, donc mensonge.

Michel Pommes : Héritiers de l'amour — quand même

Faire la violence. La subir ensuite. La dominer enfin. Un itinéraire spirituel en quartier de haute sécurité.

Christoph von Schönborn, o.p.: La force d'un martyr face au Ille Reich : Franz Jägerstätter

Pour avoir refusé de porter les armes du Troisième Reich, Franz Jägerstätter fut décapité. Ce refus s'appuyait sur la force même que le Ressuscité donne à ceux qui le suivent vraiment.

André Manaranche, s.j.: De Puebla à Drogheda : Jean-Paul II

Du Mexique à l'Irlande, Jean-Paul II n'a pas seulement donné un enseignement sur la violence ; il a surtout porté témoignage que la charité peut effectivement la dominer.

Signets

Hans-Urs von Balthasar : Le cas Küng, des faits et un enjeu

Il faut remarquer que la patience et la tolérance ne sont peut-être pas du côté que l'on dit. Mais là n'est pas l'essen-tiel : il s'agit de savoir quel lieu et quel rôle a dans l'Église le « théologie compétent ». D'ailleurs, qui décide de la « compétence » ?

Louis Bouyer : Des théologiens et de leur(s) liberté(s)

Les théologiens ont parfaitement le droit à une liberté scientifique absolue, que d'ailleurs nul ne conteste. Il se trouve que cette liberté même suppose que soit donné un « objet » de la recherche. Or cet objet — la foi au Christ — vient de la communauté chrétienne, qui seule l'expérimente. Les théologiens dépendent donc par définition de l'autorité pastorale qui préside à cette communauté : les évêques et le premier d'entre eux.

H. B. : Le philosophe et le romancier

Violence à l'Esprit

Claude Bruaire

La conscience chrétienne est troublée, en peine de clarté, à propos de la violence. La douceur des Béatitudes, la joue gauche tendue, n'est-ce pas inviter aux conduites de faiblesse, à l'admission de l'injustice, au pacifisme, ou à quelque stratégie « non-violente » de la violence ? Inversement, savoir que « le Royaume est promis aux forts », que « le Christ n'est pas venu apporter la paix, mais le glaive », n'est-ce point connaître l'injonction divine à la violence ? Ou est-ce lui trouver un alibi dans la Révélation ?

Malgré les obstacles de l'hésitation, du détournement de l'Évangile, des justifications passionnées d'attitudes contradictoires, tous ceux qui ont collaboré à ce numéro de Communio ont tenté de répondre sans équivoque. Et quelle que soit leur approche, la réponse est nette : le christianisme dit non à la violence, sans compromis possible.
Mais il faut nous entendre sur « violence » L'oeuvre du mal est action violente quand elle nie l'esprit par le corps qu'elle fait souffrir, périr, quand elle refuse l'être de l'autre, sa présence, sa liberté, le prix infini de sa vocation, en attaquant l'esprit à la racine charnelle, de sa vie. C'est pourquoi toute violence est physique en quelque manière. C'est pourquoi aussi, quels que soient sa forme et son but, elle contredit et contrefait le message divin du Christ. Le salut de Dieu, que doit attester la vie chré-tienne, c'est l'assomption du corps par l'esprit qui s'y manifeste et l'exalte, c'est la rédemption de la chair, de la nature, pour la béatitude spirituelle. Tel est le don de Dieu, le sens tranché de sa venue en notre histoire. Par contre, la violence est asservissement de l'esprit par le corps abîmé, torturé, affamé, avili, tué. Il n'y a donc pas le moindre doute : la violence est toujours et sans réserve ce qui est refusé par le chrétien.
Cependant, le contraire de la violence n'est pas la faiblesse de la volonté infirme, peureuse. Ni l'hypocrisie de la belle âme qui ignore la violence mais l'honore en lui laissant libre cours. Car si le contraire de la violence est manifestation de l'esprit, dans son énergie inépuisable et
indomptable, c'est que ce contraire est force, dressée contre les deux complices que sont la violence et la faiblesse. Force qui enrôle le corps pour servir l'esprit, honorer sa présence, reconnaître sa liberté et lui donner son droit, écouter sa parole et respecter son sens, défendre sa paix et secourir sa vie.
Voilà ce que nous voulons exprimer ici, par tous les moyens d'analyse que nous pouvons soumettre au lecteur. Et nous n'ignorons pas que la tâche est rude en ces temps, non seulement parce qu'une récession de l'éthique suscite la violence gratuite, c'est-à-dire pour elle-même, mais parce que sont développées des idéologies de la violence, dont il faut mesurer toute la puissance fascinante.

À partir de quelques phrases de Hegel sur la lutte pour être reconnu, on a érigé en système l'apologie de la violence, insinuée en beaucoup de luttes revendicatives. La violence serait non seulement inévitable mais indispensable ; elle ne procéderait pas de la passion, de la folie, mais s'inscrirait dans la raison pratique. Il nous faut montrer la fausseté de telles idéologies, et que la reconnaissance réciproque des hommes, capable d'en faire des partenaires dans leurs oeuvres communes, n'a nullement la violence pour étape nécessaire. En définitive, la violence gagne toujours par refus du vrai, dissimulation, mensonge. La force de l'esprit ne fait reculer la violence qu'en demeurant requête et témoignage de la vérité.

Hans-Urs von Balthasar : Le cas Küng, des faits et un enjeu

Il faut remarquer que la patience et la tolérance ne sont peut-être pas du côté que l'on dit. Mais là n'est pas l'essen-tiel : il s'agit de savoir quel lieu et quel rôle a dans l'Église le « théologie compétent ». D'ailleurs, qui décide de la « compétence » ?

Louis Bouyer : Des théologiens et de leur(s) liberté(s)

Les théologiens ont parfaitement le droit à une liberté scientifique absolue, que d'ailleurs nul ne conteste. Il se trouve que cette liberté même suppose que soit donné un « objet » de la recherche. Or cet objet — la foi au Christ — vient de la communauté chrétienne, qui seule l'expérimente. Les théologiens dépendent donc par définition de l'autorité pastorale qui préside à cette communauté : les évêques et le premier d'entre eux.

H. B. : Le philosophe et le romancier


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