Après la mort

N° 29 Mai - Juin 1980 - Page n° 48

Mme Ysabel DE ANDIA Revêtir l'immortalité

Paralysée par l'idée de la mort, ou hésitante sur la notion d'esprit, la pensée contemporaine renâcle devant l'immortalité de l'âme. Il est pourtant impossible d'oublier l'anthropologie que proposent saint Thomas d'Aquin et plus encore saint Paul, et qui s'enracine dans la victoire du Christ sur la mort.

Les deux premières pages, 48 et 49, sont jointes.

« L'immortalité de l'âme est une chose qui nous importe si fort, qui nous touche si   profondément, qu'il faut avoir perdu tout sentiment pour être dans l'indifférence de savoir ce qui en est » (Blaise Pascal, Pensées, éd. Brunschvicg, n° 194).

QUEL est ce « sentiment » dont parle Pascal ? Nos contemporains ne l'ont-ils point perdu ? Quelles sont les raisons de leur « indifférence » ? Et qu'est-ce qui peut encore les « toucher profondément » ? Il semble que la question de l'immortalité de l'âme ne puisse plus se poser, comme indice même du spirituel, ni pour les philosophes qui ont pour ainsi dire mis la mort dans l'âme, ni pour certains théologiens qui opposent l'immortalité de l'âme à la résurrection des corps [[O. Cullman, Immortalité de l'âme ou résurrection des morts ?, Delachaux et Niestlé, Neuchâtel, 1959.]].

A cette double mise en question philosophique et théologique, je voudrais répondre par une double interrogation, sur la mort et sur l'âme. C'est en effet par rapport à une certaine conception anthropologique de l'union de l'âme et du corps, ou par rapport à une « analyse existentiale de l'être-au-monde » (comme l'a fait Heidegger dans L'être et le temps), que se définit la mort comme séparation de composés, ou comme finitude de l'existence elle-même. (p.48)

Il ne s'agit pas d'opposer ici des conceptions contraires, mais de montrer que la manière dont l'homme pense l'âme et la relation de celle-ci au corps conditionne son attitude devant la mort et son désir ou son indifférence vis-à-vis de la béatitude éternelle. Le désir de voir Dieu se fait jour dans la pureté du regard. Et le corps même ne peut être séparé de l'âme qui attend la restauration totale du « dernier Adam » (cf. 1 Corinthiens 15, 45). L'immortalité de l'âme ne suffit pas, et seule la résurrection du corps comble, par grâce, l'espérance de la nature.

Le mystère de la foi en la résurrection répond à l'interrogation philosophique sur la mort et l'immortalité. C'est la réponse de saint Paul à l'insensé » : « Comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ? Insensé ! Ce que tu sèmes toi-même ne reprend vie qu'à condition de mourir » (1 Corinthiens 15, 35-36). L'image des semailles montre que la mort n'est pas seulement l'opposé, mais aussi la « condition » de la vie. La foi en la résurrection change en même temps le sens de la mort et celui de l'immortalité. Réponse à la « sagesse » des philosophes par la « folie » de la mort et de la résurrection du Christ.

La mort dans l'âme

La philosophie moderne met littéralement la mort dans l'âme. Elle ne pense plus la vie et la mort comme extérieures l'une à l'autre. Ce ne sont plus deux contraires qui s'excluent, se chassent ou se « cèdent la place », comme dit Platon [[Phédon, 104 c.]], mais la relation est « dialectique » : la vie et la mort peuvent « séjourner » l'une près de l'autre, selon l'expression de Hegel [[Préface de la Phénoménologie de l'Esprit, tr. fr. Jean Hyppolite, tome 1, p. 29.]]. L'image appropriée n'est plus celle du froid qui chasse le chaud, mais celle du bouton qui doit mourir pour devenir une fleur. La mort n'est alors plus définie par rapport au corps (comme séparation ou « mise à part» du corps et de l'âme) [[« Ce qu'on appelle 'mort ', demande Socrate à Simmias, n'est-ce pas précisément, entre corps et âme, le fait d'âtre délié et mis à part ? » (Platon, Phédon, 67 d).]], mais par rapport à la liberté de l'esprit.

Pour Sartre, la mort rompt le projet de la liberté, et par là hypothèque toute l'existence humaine, la rendant absurde. Mais la mort n'est pas une dimension fondamentale de l'existence, comme la temporalité ou la liberté. C'est un événement, qui est toujours un accident. Toute mort est accidentelle, imprévue et imprévisible. Je sais que je mourrai, mais je ne sais pas quand. La mort surgit toujours entretemps et à contretemps. Toute mort est violente, car elle fait violence à la liberté humaine, qui ne "rencontre" pas la mort au moment même où pourtant celle-ci la détruit. Enfin, la mort « aliène » le mort, qui est livré aux mains et à la mémoire des vivants. Elle n'est pas seulement le triomphe de l'« en-soi » (p.49)

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