Mémoire et Réconciliation

N° 161 Mai - Juin 2002 - Page n° 7

Isabelle LEDOUX-RAK Editorial

« l'Église et les fautes du passé ». Parole dure à entendre, et qui a suscité des réactions contrastées au sein même de la communauté ecclésiale ; alors que pour certains, la démarche de repentance entreprise dans le contexte du Jubilé reste encore trop timide, d'autres s'interrogent sur les risques de honte de soi, voire d'autoflagellation, qu'elle comporte, et qui affaibliraient l'église dans son action missionnaire ou œcuménique.

 Tout l'article est joint.

LE thème du présent cahier reprend le titre du document de la Commission Théologique Internationale, qui en précise le contenu : « l’Église et les fautes du passé ». Parole dure à entendre, et qui a suscité des réactions contrastées au sein même de la communauté ecclésiale ; alors que pour certains, la démarche de repentance entreprise dans le contexte du Jubilé reste encore trop timide, d’autres s’interrogent sur les risques de honte de soi, voire d’autoflagellation, qu’elle comporte, et qui affaibliraient l’Église dans son action missionnaire ou œcuménique.
Mais plus fondamentalement, le caractère résolument novateur de cette demande de pardon exige l’approfondissement d’une ecclésiologie pourtant renouvelée par le Concile Vatican II. Lorsque Jean- Paul II énumère, crûment et sans concessions, les péchés commis dans l’Église et par certains de ses représentants, quand il souligne les blessures portées au Corps du Christ et en appelle à une « mémoire réconciliée », il invite par là même à prendre réellement au sérieux, au-delà de son apparente évidence, la formulation conciliaire selon laquelle l’Église « est sainte et en même temps doit toujours être purifiée » (Lumen Gentium 8).
L’article de Bruno Forte [[Bruno FORTE, «L’Église catholique face aux fautes du passé », p. 11. ]] qui ouvre ce cahier propose quelques éléments de réflexion sur la sainteté de l’Église et la communion de ses membres, ainsi que sur les implications collectives des fautes (p.7)
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1. Bruno FORTE, «L’Église catholique face aux fautes du passé», p. 11.

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ÉDITORIAL ------------------------------------------------------------ Isabelle Rak

commises, passées comme présentes. Mais la raison ultime de cet appel jubilaire à la repentance est, selon les termes de Jean-Paul II lui-même, la confiance indéfectible dans la vérité qui seule peut délivrer les hommes des démons de leur passé, et qui, dans le Christ, n’a pas besoin d’autre défense que la lumière dont elle rayonne sur l’Église et sur le monde.

Une approche plus philosophique, au demeurant fort éclairante, nous est ensuite proposée grâce à la notion de «fidélité» (ou de continuité) de la volonté, qui vaut d’abord et essentiellement pour l’individu (Miklos Vetö 2), unique responsable direct de ses propres fautes, et d’elles seules. À force d’insister sur l’aspect parfois spectaculaire des conversions individuelles comme des démarches de repentance collective, nous oublions trop souvent que, pour assumer pleinement la responsabilité des fautes passées, il faut accepter que la volonté qui maintenant veut s’en repentir est la même, au présent, que celle qui en fut la cause autrefois. Salutaire rappel pour une génération qui ne reconnaît trop souvent que des actes moraux ponctuels. L’article de Xavier Morales 3 montre de son côté que l’Église, en tant qu’elle est tout entière Corps et Épouse du Christ, peut assumer les conséquences d’actes passés en vertu de sa propre permanence. Il suggère ce que peut signifier, de la part des chrétiens d’aujourd’hui, une demande de pardon portant sur les fautes d’hier, commises par d’autres baptisés, mais qui font partie du même corps ecclésial.

Nous verrons enfin les dangers d’une convocation parfois intempestive de «l’histoire» (et des historiens) par une «mémoire» que ces derniers, à juste titre, considèrent comme une reconstruction à finalité sociologique ou même spirituelle (Olivier Chaline 4). Il ne faut pas confondre cette élaboration subjective avec le patient travail de celui qui cherche, de façon méthodique et scientifique, à rendre compte, le plus objectivement possible, d’un passé qui existe indépendamment des représentations souvent erronées que s’en fait le corps social. Le devoir de mémoire reste un vœu creux sans l’exigence de s’instruire. Mais faut-il pour autant renoncer à toute

2.  Miklos VETÖ, «La fidélité de la volonté, horizon du repentir et du pardon», p. 23.

3.  Xavier MORALES, «L’unique Épouse», p. 37.

 

4.  Olivier CHALINE, «La mémoire n’est pas l’histoire», p. 47.

 

 


 

 

réflexion théologique sur l’histoire, elle qui risque, par les temps qui courent, de s’enfermer dans une sorte de positivisme circonspect? Certes, n’est pas Marrou qui veut, mais le dialogue entre théologiens et historiens ne doit pas être rompu. Serge Landes 5 rappelle que l’appel de Jean-Paul II à une conversion de la mémoire exige précisément que le discours de l’historien, trop souvent étouffé par les préjugés du temps, puisse être entendu dans et hors de l’Église, et que par là même puisse se construire un rapport renouvelé des chrétiens à l’histoire.

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Isabelle RAK

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