L'éducation chrétienne

N° 24 Juillet - Aout 1979 - Page n° 64

Alain QUILICI Échec de l'enseignement, conversion de l'enseignant

L'enseignement de la foi conduit parfois à d'inexplicables échecs. Mais ceux-ci résultent de l'enjeu même de l'entre­prise : éduquer une liberté suppose qu'on reconnaisse son droit de dire « non ». Ce risque, le Christ l'a pris avec l'humanité entière. C'est pourquoi l'échec à transmettre la foi fait aussi partie de la foi à transmettre. La première page, 64, est jointe.

LA pédagogie de la foi est un art difficile, un domaine où les réussites sont imperceptibles, et les résultats humainement insatisfaisants. Et comment ne pas en être affecté ? Car, il faut l'avouer, nous sommes plus touchés et blessés que nous n'osons le dire par ce que nous pouvons appeler nos échecs en matière de catéchisme, catéchèse et autres domaines similaires que nous résumerons sous l'appellation : pédagogie de la foi.

Lorsqu'on a donné le meilleur de soi-même, en temps, en préparation, en attention, et qu'au terme notre jeune interlocuteur nous affirme que rien de tout cela ne l'intéresse, nous avons en nous un fort sentiment de ratage. Il y a pire : lorsque, quelques années plus tard, ce même jeune interlocuteur déclare qu'il ne saurait être croyant avec la formation qu'il a reçue, les larmes nous vien­nent aux yeux. Car de toute évidence nous avons échoué. Et le perdant ce n'est pas nous, mais le Christ.

Pourtant nous avions cru, non seulement bien faire, mais faire bien. Sans ménager notre peine en sessions, rencontres diverses, bilans, retraites, nous avions adopté les méthodes les plus actives, sans pour autant renoncer à un véri­table enseignement. Nous avions fait sans cesse référence au texte même de l'Evangile, comptant (secrètement) sur l'efficacité et le dynamisme intérieur de cette parole qui est la Parole ! Et voilà que nous ne récoltons qu'amertume et incompréhension. Nous voici plus seuls après qu'avant. Ces enfants, ces jeunes que nous avons tant aimés et dont nous avions la quasi-certitude que « bien pris » et « bien formés », ils seraient de « bons chrétiens », armés d'une foi vive et animés d'une charité active, voilà que nous devons constater que nous les avons perdus.

Nous envions le Seigneur de pouvoir dire : « J'ai veillé, et aucun d'eux ne s'est perdu (hormis un seul...) » (Jean 17, 12). Rien de tel pour nous. Nous avons au (p.58) contraire le sentiment d'avoir bien mal communiqué ce feu qui nous habite. Il n'a transmis ni chaleur, ni lumière. Nous restons avec notre trésor dont nul ne veut. La source de vie coule pour rien. Le pain lui-même est délaissé et autour de la table de famille nous comptons les places vides. Cette situation, qui dépasse notre stricte expérience personnelle tant elle est commune, ne nous laisse pas insensibles. Elle nous affecte au contraire très profondément, que nous soyons prédicateur, catéchiste, parent ou tout autre pédagogue de la foi. Et combien y résistent ?

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