Manger

N° 259 Septembre - Octobre 2018 - Page n° 75

Alban MASSIE Augustin, les manichéens et la manducation de la chair

Saint Augustin s’est opposé aux manichéens pour qui « toute chair est impure » et manger de la viande fait obstacle à la libération de l’esprit. L’évêque d’Hippone a fait valoir en réponse que la chair est bonne, bien que corruptible, et que le corps et l’âme sont inséparables. Il souligne surtout que l’ascèse ne suft pas et que c’est l’ouverture du cœur dans l’accueil de la grâce qui nourrit la charité.

 

Le disciple d’Augustin et mémorialiste Possidius rapporte qu’à la table épiscopale d’Hippone on ne mangeait que « des légumes et des herbes1 ». Ce régime végétarien était-il un reliquat des exigences de l’Église manichéenne à laquelle appartenait Augustin dans sa jeunesse, signe qu’il était au fond toujours un peu manichéen, puisque ceux-ci avaient comme discipline de ne pas manger de viande ? Ce reproche ‒ comme celui de se méfier de la chair en général ‒ lui a été fait, dès son vivant, par ses adversaires donatistes (Pétillien) ou pélagiens (Julien). Possidius précise pourtant qu’aux malades et aux étrangers de passage à la maison épiscopale était servie de la viande, et, par ailleurs, qu’on proposait du vin à tous les repas. On a pu dire alors qu’il s’agissait pour l’évêque catholique de montrer de la sorte sa réprobation de la discipline manichéenne qui interdisait non seulement la viande mais aussi le vin. Relevons à cet égard, de manière anecdotique, qu’une soi-disant « Église manichéenne » a surgi à la fin du siècle dernier, s’appuyant sur les textes antiques, que les hérésiologues nous ont laissés et que beaucoup de sources primaires découvertes au XXe siècle ont corroborés, pour déterminer ses rites et pratiques quotidiennes, et cela aux États-Unis, spécialement sur la côte ouest, en même temps qu’émergeait, dans la même région, la mode vegan, surfant évidemment sur la vague du Nouvel-Âge. Le manichéisme, religion du bien être cosmique par le végétarisme ? Examinons le rapport à la chair chez les manichéens et observons comment Augustin a réagi à ce qui n’était pas une discipline d’ordre hygiénique mais était conçu d’un point de vue dogmatique. On n’oubliera pas en effet la note éminemment religieuse du rapport à la nourriture dans la société africaine antique non sécularisée. C’est tout particulièrement par le manger que le religieux s’insère dans la vie quotidienne et exprime la manière dont la divinité agit ou non en faveur des hommes, la demande du pain quotidien ayant une vraie signification, tout particulièrement dans le grenier à blé de l’Europe qu’était à l’époque la province africaine. Alors que les manichéens, qui se veulent champions d’un Nouveau Testament expurgé de toute interpolation d’origine juive, sont quelque peu mal à l’aise avec le décret apostolique relatif à la pureté de tous les aliments, sous réserve de l’abstinence des [...]

 

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1 Possid., Vita Augustini 22, 2, PL 32, c. 51.

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