Manger

N° 259 Septembre - Octobre 2018 - Page n° 41

Anthony PAGLIARINI Tout gouverner avec bonté

L’homme créé « à l’image de Dieu » exerce sa domination sur la terre grâce à la nourriture qu’il reçoit. La Chute et le Déluge altèrent ce régime alimentaire. La consommation de viande en porte la marque, mais permet d’être associé à l’œuvre de séparation et d’ordonnancement du Créateur, en observant ses lois et en s’abstenant de ce qui est impur afin d’être saint comme lui. Les sacrifices d’animaux du culte de l’Alliance sont une anticipation de la convivialité avec Dieu promise à la fin des temps.

 

1. Introduction

La table est le sommet de la création. Selon Leon Kass, l’homme est « une âme affamée » et, lorsque nous mangeons, nous « portons notre nature à sa perfection1 ». La Révélation nous fait voir les choses de même : la Bible commence et s’achève avec de la nourriture et le parcours, depuis les semences et fruits de la Genèse (1, 2 9-30) jusqu’au festin des noces de l’Agneau dans l’Apocalypse (19, 5-9), est celui de l’histoire de l’humanité et de son accession à la béatitude. Cette histoire est en train de s’accomplir : à travers le partage d’un repas et tout ce qui le précède, l’homme vérifie que « tout est gouverné avec bonté » (Sagesse 8, 1).

La Bible dévoile en trois temps ce que cela signifie de manger : la Création, la re-Création et l’Alliance au Sinaï. Genèse 1, 29 associe la domination de l’homme sur la terre à sa capacité d’en tirer sa nourriture. Il a pour vocation de poursuivre par là l’oeuvre créatrice et ordonnatrice de Dieu. Après le chaos de la Chute et du Déluge, le récit de la re-Création rétablit cette mission, sous une forme plus heurtée qui correspond à la condition de l’homme déchu : une alimentation où la viande est permise (Genèse 9, 3-4) devient le mode de domination – et c’est là, comme j’essaierai de le montrer, que s’esquisse le Salut. Cette nouvelle manière de se nourrir atteint sa plénitude avec les repas propres à la communauté de l’Alliance. La tâche d’ordonnancement confiée à l’homme s’étend désormais à la viande lorsqu’Israël doit « séparer le pur de l’impur, les bêtes qu’on peut et celles qu’on ne doit pas manger » (Lévitique 11, 47). De plus, étant intégrée au culte, la consommation de viande non seulement cesse d'être une difficulté, mais elle devient un moyen au service de l’ordonnancement définitif – à savoir l’achèvement de la création dans le repos du septième jour. Manger avec Dieu dans le Temple est à la fois annonce et anticipation2 du repas final auquel prendre part est la parfaite béatitude comme « entrée dans le repos du Seigneur » (Hébreux 4, 3 ; Psaume 95, 11). [...]

 

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1 Leon Kass, The Hungry Soul : Eating and the Perfecting of our Nature, Chicago, University of Chicago Press, 1999. 

2 Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique (ci-après ST), III, q. 2, a. 6. 

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