Notre Père II Nom-Règne-Volonté

N° 244 Mars - Avril 2016 - Page n° 47

M. Jean DUCHESNE De la soumission au don libérateur de soi

 Faire la volonté du Père, est-ce se soumettre ou engager sa volonté propre ? Maxime le confesseur et Thomas More, puis Jean-Marie Lustiger et Louis Bouyer ont montré comment la liberté du chrétien s’exerce et s’accomplit pleinement dans l’exécution de la volonté divine.

 

Dans ses entretiens sur le Notre Père, le cardinal Lustiger, lorsqu’il en vient à « que ta volonté soit faite », commence par noter que « souvent cette demande est formulée comme l’acceptation passive et résignée d’une épreuve1 ». La question que pose cette interprétation « au premier degré » est celle de la liberté humaine : lorsque nous nous adressons à Dieu en reconnaissant en lui « Notre Père », n’y a-t-il plus qu’à nous soumettre, comme le font les musulmans (puisque c’est ce que signifie islam) ? Répondre « oui », c’est défigurer en un maître le Père des cieux qui ne veut pas être obéi mais aimé et entend que ses enfants apprennent de lui à s’entraimer. Le problème est bien sûr ce qui sépare l’homme de Dieu et l’empêche aussi bien de se laisser aimer que d’aimer en retour et d’aimer son prochain comme un frère ou une soeur, enfant de l’unique Père des cieux. 

Le Christ éclaire cette difficulté de façon moins évidente qu’on l’imagine d’ordinaire. Du simple fait qu’il est « engendré, non pas créé, de même nature que le Père », ne faisant qu’un avec lui et son égal2, le Fils n’a pas à se forcer pour vouloir la même chose – et cela reste hors de notre portée. Mais lorsque, sans cesser d’être Dieu, il se fait homme, par ce qu’il accomplit et donne à imiter dans le temps de l’histoire, il montre comment franchir le fossé. Et il révèle là le secret trinitaire et le dessein de Dieu : le Verbe éternel fait chair aime humainement selon la volonté de son Père et rend possible de faire de même en envoyant leur Esprit aux siens et en leur confiant l’Eucharistie, le mémorial du paradoxal sommet de son action.

Ce dépassement par Jésus de l’apparente incompatibilité entre la passivité soumise et l’amour libérateur fera l’objet d’une première série de réflexions christologiques, successivement inspirées par Maxime le Confesseur, Thomas More et Hans Urs von Balthasar3. On reviendra dans un second temps à des intuitions du cardinal Lustiger pour évoquer comment le chrétien peut dire au Père, à la suite du Christ, « que ta volonté soit faite ». [...]

 

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1 Jean-Marie Lustiger, Prier avec Jésus. Entretiens sur le Notre Père, Ad Solem, Paris, 2013, p. 65. 

2 On aura reconnu successivement le symbole de Nicée-Constantinople, Jean 10, 30 et Philippiens 2, 6. 

3 Merci à Jean Congourdeau pour ces indications bibliographiques qui ont permis de définir la problématique de cet article.

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