Devenir Père de tous − Projet de Dieu selon la Lettre aux Éphésiens

Père François LESTANG
Dieu Père - n°273 Janvier - Février 2021 - Page n° 21

De la bénédiction initiale aux salutations finales, la figure de Dieu comme Père traverse toute la Lettre aux Éphésiens. Le mystère qu’elle déploie est celui d’un projet cohérent, commencé dans la résurrection du Fils, étendu aux croyants, et se déployant jusqu’à atteindre le cosmos entier, en une eschatologie de croissance pour que tout ce que le Père a créé par sa Parole soit rassemblé en son Fils, dans les cieux et sur la terre.

« Seigneur, montre‑nous le Père, et cela nous suffit1 », s’exclame l’apôtre Philippe (Jean 14,8). Si l’on cherche à contempler le Père dans les lettres pauliniennes, il convient de se tourner vers Éphésiens, qui offre en six chapitres plus d’occurrences du terme pater appliqué à Dieu2 que la longue Lettre aux Romains elle‑même. De plus, elle présente cette particularité d’être la seule du corpus à mentionner le Père dans sa salutation finale : « Que la paix et l’amour soient accordés aux frères avec la foi, de la part de Dieu, le Père, et du Seigneur Jésus‑Christ ! Que la grâce soit avec tous ceux qui aiment notre Seigneur Jésus‑Christ dans l’impérissable ! » (Éphésiens 6, 23‑24). Enfin, elle invite à l’investigation lorsqu’on y lit que Dieu est « Père glorieux » (Éphésiens 1,17), qu’il est « Père de tous, au‑dessus de tous, par tous et en tous » (Éphésiens 4,6), ou que le « Paul » des Éphésiens conclut la première partie de sa lettre en écrivant : « je fléchis les genoux devant le Père (pros ton patera), de qui toute famille (pasa patria) dans les cieux et sur la terre tient son nom » (Éphésiens 3,14‑15).

Pour contempler le Père dans son projet d’ « adoption filiale » (Éphésiens 1,5), de « récapituler tout dans le Christ, ce qui est dans les cieux comme ce qui est sur la terre » (Éphésiens 1,10), nous commencerons par étudier ce qui nous est dit de la relation entre le Père et le Fils, puis nous regarderons ce qu’implique pour les croyants leur adoption filiale. Nous serons alors en mesure de comprendre ce que peut désigner la nomination de toute patria selon le pater, au sein d’une théologie marquée par ce que Chantal Reynier appelle élégamment « eschatologie de croissance3 ». Un dernier mot avant de nous lancer dans notre parcours ; avec de nombreux chercheurs4, nous considérons que la Lettre aux Éphésiens, chef‑d’oeuvre de la théologie paulinienne, n’est pas de la main de l’apôtre mais de celle d’un de ses disciples, lequel fournit en cet exposé du mystère de la volonté du Père (voir Éphésiens 1,9) bien des motifs de « célébrer la gloire de sa grâce » (Éphésiens 1,6). [...]

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1 Sauf indication contraire, les traductions bibliques proviennent de la Nouvelle Bible Segond (Villiers-le-Bel, Alliance Biblique Universelle 2002).

2 Toutes les lettres pauliniennes mentionnent Dieu le Père dans leur adresse, jusqu’à trois fois pour Galates. Dans le corps des lettres, Dieu est qualifié de pater 7 fois dans Éphésiens, contre seulement 4 dans 2 Corinthiens, 3 dans Romains, Colossiens ou 1 Thessaloniciens, 2 dans 1 Corinthiens et Philippiens, 1 fois dans 2 Thessaloniciens et jamais dans 1 et 2 Timothée, Tite et Philémon. Jésus est qualifié de « son Fils » 4 fois dans le corps de Galates, 3 fois dans celui de Romains, et 1 fois dans 1 Corinthiens et 1 Thessaloniciens. Quant à l’expression « Fils de Dieu » appliquée à Jésus elle n’apparaît qu’en Galates 2,20 et Éphésiens 4,13. On mesure donc l’importance de la présence de Dieu comme pater dans la Lettre aux Éphésiens.

3 « L’ère inaugurée par le Christ est la dernière. On passe d’une eschatologie conçue comme fin à une eschatologie de croissance continue » (Chantal Reynier, Évangile et mystère. Les enjeux théologiques de l’épître aux Éphésiens ; Lectio Divina 149 ; Paris, Cerf 1992, p. 227).

4 Tels que Jean-Noël Aletti sj, Edouard Cothenet, Romano Penna, Michel Quesnel ou Benoît Standaert osb ; contrairement à eux, Chantal Reynier opte pour l’authenticité paulinienne.


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