Le samedi-saint spéculatif et la descente aux enfers

Hegel mettait au centre de sa philosophie le « vendredi-saint spéculatif » : il interprétait philosophiquement le vendredi-saint comme le sacrifice par Dieu de sa divinité (sécularisation). Balthasar, au contraire, insiste sur le silence de Dieu le samedi-saint : l'absence de Dieu, l'invisibilité du Père, font partie du drame de la rencontre entre Dieu et l'homme. La dimension finie de l'existence humaine, la souffrance et la mort ont été éprouvées par le Christ et sont entrées en Dieu. Nous pouvons alors espérer que cette absence soit transmuée dans la gloire de la Résurrection.

 

Le Samedi-Saint spéculatif ou Samedi-Saint des philosophes est évidemment calqué sur le Vendredi-Saint de même épithète et d’hégélienne mémoire. Le Vendredi-Saint spéculatif (à la fin de Foi et Savoir) applique sa notion (Begriff) à la spéculation, c’est-à-dire que la philosophie traverse une passion expiatoire, une mort et une résurrection. L’analogie du Vendredi-Saint et de la destinée du concept ou de la pensée est une clef de l’aventure millénaire de l’esprit aux prises avec le cours des choses et du monde, Weltlauf. Tantae molis erat humanam condere mentem. Loin d’abolir le Vendredi Saint historique, le spéculatif le confirme par tout son versant effectif. Je voudrais ajouter que l’assimilation du concept au devenir historique, le sort de l’Idée, est d’abord une trouvaille de Fichte, qui avait progressivement identifié la Doctrine de la Science et le Verbe descendu dans l’humanité. Mais peut-être cette hardiesse
est-elle restée une métaphore.

Il ne faudrait pas omettre l’origine accidentelle, qui a pesé si lourd sur la mentalité de ce contemporain intense qu’était Hegel. L’origine est la situation politique engendrée par la Révolution française, du régicide à la Terreur. Ce sont, pour un regard perçant, les prodromes du nihilisme (mot de Jacobi, d’application impropre) et de l’athéisme, subrepticement propagés sous le couvert de la critique adressée à Fichte (Atheismusstreit), et qui puisent leur illustration à l’oeuvre romanesque et prophétique de Jean-Paul (Richter). Le Songe de Jean-Paul est l’emblème involontaire d’une longue époque... On frémit, en lisant un excursus de Siebenkàs, à la vision du Christ errant, décloué du Calvaire, ce  grand Christ hagard et désemparé, le Christ mort du soir du Vendredi parcourant les mondes à la recherche éperdue de Son Père des cieux. [...]

 

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