Dieu le Père

N° 140 Novembre - Février 1998 - Page n° 29

Guerric D'IGNY La miséricorde souveraine de Dieu le Père

LE NOM DE DIEU LE PÈRE

Guerric d'IGNY

Sermon pour le samedi de la IIe semaine de carême sur l’enfant prodigue.

Tout le texte est joint

Sermon sur l’enfant prodigue

1.3 Tandis qu’il était encore loin, dit le texte, son père l’aperçut et fut saisi de miséricorde. Et courant à sa rencontre, il se jeta à son cou et l’embrassa (Luc 15, 20). À prendre le récit à la lettre, le père était plus pressé d’accorder le pardon à son fils que celui-ci de le recevoir ! Comme si c’était un tourment plus grand pour le Miséricordieux de compatir à la souffrance du miséreux, que pour le miséreux de pâtir de sa propre souffrance. [...]

L’accueil du père.

2.2 [...] Venons-en à cette étreinte et ce baiser : quelle grâce, quelle douceur, quelle joie, quel bonheur en ce geste et la tendresse paternelle ! Le père, dit le texte, se jeta à son cou et l’embrassa. Lorsqu’il l’abordait ainsi, que cherchait-il par cette étreinte et ce baiser, sinon à introduire son fils en soi-même et à s’introduire soi-même en son fils. Il insufflait en lui son souffle, pour que son fils, en s’unissant à lui, forme avec lui un seul esprit (un seul souffle), comme en s’unissant aux prostituées il avait formé avec elles un seul corps (1 Corinthiens 6, 16-17).

 

2.3 Pour cette Miséricorde souveraine, c’était trop peu de ne pas fermer ses entrailles de miséricorde aux malheureux. Elle va jusqu’à les attirer à l’intérieur de ses propres entrailles, jusqu’à les intégrer à ses propres membres. Elle ne pouvait pas nous unir à elle plus étroitement, elle ne pouvait pas nous lier à elle de manière plus intime qu’en nous incorporant à elle-même, en nous unissant – merveille de son amour autant que de sa puissance ! – non seulement au corps qu’elle avait assumé, mais même à son propre esprit. [...]

Les sentiments du fils face à pareil accueil.

3.1 – Quant à toi, heureux pécheur, – heureux non au titre de pécheur, mais au titre de pécheur repentant (Psaumes 31, 1-2) – dis-moi, quels étaient tes sentiments au milieu des étreintes et des baisers de ton père, tandis qu’il te réconfortait, toi qui étais presque désespéré, et qu’il restaurait en toi un coeur pur et réinfusait en toi la joie de son salut (Psaumes 50, 12.14) ?

– Comment, répond-il, exprimer avec des mots ce que l’intelligence n’arrive pas à saisir ? Ce sont des gémissements inarticulés (Romains 8, 26) et des sentiments inexprimables qui naissent de mon âme fécondée pour ainsi dire par l’Incompréhensible. Le cœur de l’homme est trop étroit pour les contenir. Alors il éclate et se répand ; ce bouillonnement qu’il conçoit, mais ne peut contenir, il le laisse s’échapper comme il peut, par ses larmes, gémissements et soupirs [...].

3.2 – Mais maintenant, après ces étreintes et ces baisers, une fois laissé à toi-même, lorsque tu repenses à toi et à lui, lorsque tu repasses dans ton esprit quelle était ta situation et comment lui l’a jugée, lorsque tu mesures d’un côté l’abondance de ton péché, de l’autre la surabondance de la grâce, quelles sont, je te prie, les pensées qui te viennent ?

– Comment, répond-il, un feu intolérable ne s’embraserait-il pas dans ma méditation (Psaumes 38, 4), d’une part sous l’effet de la douleur et de la honte, d’autre part sous l’effet de la joie et de l’amour ? J’estimerais n’être pas un homme, mais une pierre, si j’avais le coeur assez dur pour n’éprouver à mon sujet ni douleur ni honte, ou si je l’avais assez mauvais et ingrat pour ne pas me fondre tout entier de joie et d’amour envers un tel père.

Demeurer en cette attitude filiale.

4.1 – Garde donc, heureux pécheur, garde soigneusement et attentivement cette disposition d’esprit qui est la tienne, ce sentiment si juste fait à la fois d’humilité et de tendresse filiale : ainsi tu jugeras toujours de toi selon l’humilité, et du Seigneur selon sa bonté (Sagesse 1, 1). Il n’est rien de plus grand parmi les dons du Saint-Esprit, rien de plus précieux parmi les trésors de Dieu. [...]

4.2 Garde, dis-je, si tu veux toi-même être gardé, garde cette humilité de sentiment et de parole, qui te fait dire et avouer à ton père : Père, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes salariés (Luc 15, 19). Rien ne gagne autant le coeur du père que le sentiment exprimé par cette parole, et tu ne peux mieux te faire un digne fils qu’en te déclarant toujours indigne. [...]

Sermon pour le samedi de la IIe semaine de carême sur l'enfant prodigue.

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