Les chrétiens et le politique

N° 6 Juillet - Aout 1976 - Page n° 21

M. Rémi BRAGUE L'expérience cruciale

La foi chrétienne offre à l'homme de faire l'expérience que Dieu fait de lui-même, en s'assimilant à l'obéissance du Fils crucifié et ressuscité.

La première page, 21, est jointe.

  BEAUCOUP s'imaginent ne pas avoir une foi vraiment digne de ce nom parce qu'ils ne « sentent rien ». Certains essaient. Mais bien souvent, cela ne vient pas, « je n'éprouve rien de spécial ». C'est là que tout devient grave : comme on pense que la foi se reconnaît à ce que l'on ressent, on cherche. dans l'Eglise ou hors d'elle, des endroits où l'on propose une expérience de Dieu immédiate, sensible.

On confond ainsi la foi avec l'expérience religieuse, expression d'ailleurs peut-être encore plus vague que le mot d'expérience tout court, qui a déjà bien des sens, parfois opposés : l'expérimentation scientifique, la sagesse du vieillard « plein d'usage et raison », l'expérience mystique enfin, qui semble se rapprocher le plus de la foi. Nombreux sont ceux qui cherchent à tâtons une expérience mys­tique. Les chrétiens cherchent parfois une expérience chrétienne à opposer à celles des spiritualités orientales. Et ils n'en trouvent aucune qui soit spécifique­ment chrétienne. En ce double sens que, d'une part, rien de ce que ressent le mys­tique chrétien ne présente avec les autres mystiques des différences suffisamment nettes pour que la confusion soit impossible (1), et que, d'autre part, le christia­nisme ne se définit pas par le genre d'expérience qu'il propose. On peut dire que le bouddhisme cherche le nirvana ; mais que cherche le christianisme ? Certaine­ment pas une expérience du même ordre que les autres religions. En tout cas, une expérience très paradoxale. C'est celle que nous essaierons de cerner ici.

1. L'expérience du Christ

Si l'on s'appuie sur les écrits des mystiques pour identifier la religion avec l'expérience, on s'étonnera de trouver chez certains, et non les moindres, une extrême méfiance à l'égard de l'expérience. Ainsi saint Jean de la Croix, qui soumet tout ce qui peut se nommer de la sorte à un décapage radical (2). Pour lui, celui qui prie doit écarter toutes les images et toutes les joies qui peuvent lui venir. Non pas seulement celles qui le détournent de la prière, mais tout aussi décidément celles qui lui viennent de la prière elle-même et peuvent lui en donner le goût. Pourquoi ? Ne résistons pas au plaisir de citer Bouvard et Pécuchet (ici aussi très éclairant) : les deux bonshommes, au cours d'une période pieuse, se pressurent l'imagination pour obtenir les états mystiques qu'ils guettent avec

(1) Ces différences existent pourtant. Cf. R.C. Zaehner, Mvsticism, sucred und pru/uur. Oxford U.P.. 1957.

(2) Renvoyons à l'article d'Alain Cugno qui nous dispense de plus longs développements.

 

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