Vertu guerrière et vertu humanitaire

M Jean Christophe RUFFIN
La paix - n°257 Mai - Aout 2018 - Page n° 117

La description de la bataille de Solférino par Henri Dunant, premier prix Nobel de la paix en 1901, marque un tournant dans la pratique de la guerre. Décrire non seulement le geste guerrier, mais le lendemain du geste guerrier, avec ses membres mutilés et ses rivières de sang, conduit Henri Dunant à élaborer les linéaments du droit humanitaire. En fondant la Croix-Rouge, ce protestant Suisse voulait créer un dispositif durable de soin, prêt à intervenir en toute occasion, soignant indistinctement les ennemis, conformément à un nouveau droit de la guerre.

 

C’est un petit village d’Italie. Il est construit sur une hauteur et la rude silhouette d’une tour médiévale le domine de ses murs aveugles. Sur une esplanade, une église baroque à fronton blanc sonne les heures et veille. De la rambarde de pierre qui borde le mail, on peut apercevoir à l’horizon la ligne bleutée du lac de Garde. Les cyprès, dans ce pays, ne sont pas préposés comme chez nous à la garde des morts ; ils sont plantés çà et là dans l’étoffe verte de la campagne, comme de joyeuses petites plumes sur un chapeau de feutre. On est en juin. La chaleur est intense. On sent qu’il se prépare quelque chose de terrible. Un orage, c’est certain mais d’abord bien plus : une bataille.

Car en cette année 1859, la tragédie de l’indépendance italienne aborde son dernier acte. La scène s’ouvre sur l’ultime confrontation. D’un côté, l’Autriche-Hongrie, à qui le congrès de Vienne a livré la Lombardie, Venise et qui sert de protecteur à toutes les petites monarchies italiennes rétablies sur les décombres des républiques soeurs, créées par Napoléon Ier. De l’autre, une coalition un peu hétéroclite formée autour de Victor-Emmanuel, roi de Piémont-Sardaigne. Elle compte l’extravagant aventurier qu’est Garibaldi et un autre Napoléon, le troisième, allié sincère mais non dénué d’arrière-pensées puisqu’il compte bien être payé de ses efforts en recevant la Savoie et Nice. L’Autriche recule. Elle a perdu plusieurs combats importants dont celui de Magenta. Ses troupes se sont mises à l’abri de l’autre côté d’une rivière nommée le Mincio. Mais rien de décisif ne s’est encore produit. Le choc reste à venir. Il se prépare. Des forces formidables s’assemblent. Napoléon III arrive en train. Ce qui se déploie est déjà moderne. Pourtant, au moment suprême, il faudra bien en venir aux vieilles méthodes et se battre, au canon et au fusil d’abord, au sabre ensuite, à la baïonnette enfin quand ce n’est pas au poignard… 

Dans la nuit du 24 juin, l’armée autrichienne reçoit de Vienne l’ordre de franchir le Mincio et d’avancer à la  rencontre de l’ennemi. Les colonnes marchent dans l’obscurité. Les coureurs ne voient rien. [...]  

 

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* Discours sur la Vertu, prononcé par Jean-Christophe Rufin lors de la rentrée solennelle de l’Académie française du 30 novembre 2017, et reproduit ici avec l’aimable autorisation de l’auteur que nous remercions chaleureusement. Le titre « Vertu guerrière, vertu humanitaire » est nôtre (NDE).


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