Editorial - La paix qui vient

M. Paul COLRAT
La paix - n°257 Mai - Aout 2018 - Page n° 8

« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix1 ». Selon cette phrase de l’Évangile de Jean reprise par la liturgie, le Christ serait la source d’une paix spécifique, sa paix – la paix authentiquement chrétienne. C’est pourquoi le Christ précise immédiatement après le point sur lequel porte la différence : « Je ne vous la donne pas comme le monde la donne ». La différence entre la paix chrétienne et la paix des païens ne tient pas à une différence intrinsèque, mais à une différence dans la manière de se donner. La paix chrétienne est apparemment semblable à la paix du monde, mais elle ne se donne pas comme elle. Semblable dans sa définition, différente dans sa donation. Il faut donc dire d’abord en quoi elle est comme la paix du monde. D’abord elle est, comme la paix païenne, une certaine tranquillité. Être apaisé signifie être tranquille, sans tourment. La paix serait ainsi l’état où rien ne trouble l’âme ni la cité, un état où la guerre est absente. Mais la pacification ne suffit pas à définir la paix, tant on connaît ces pacifications qui cachent le jeu de la force et de la domination. La paix est indissociable de la justice. Être en paix signifie être réconcilié ; la paix serait ainsi un état où la faute est dépassée par une harmonie retrouvée.

Mais il reste encore un pas à franchir pour trouver ce qui fait l’originalité de la manière dont le Christ donne la paix. Cet écart entre la paix païenne et la paix chrétienne est celui que marque la Croix. Le Christ donne la paix en se donnant, faisant du don de soi le fondement paradoxal de l’ordre. Fondement paradoxal car il ne consiste pas à maintenir l’ordre tel qu’il est, et à l’accommoder avec d’autres ordres existants, mais au contraire à se démettre de soi, à se réduire soi-même à l’état de serviteur. Si c’est en passant sur la Croix que le Christ donne sa paix, alors le chemin pour trouver la paix, dans l’homme, dans la cité, dans le monde, n’est pas celui du maintien de leurs existences telles qu’elles sont, mais leur destitution par leur conversion. La paix païenne se donne comme maintien en l’état de l’être individuel ou collectif, la paix chrétienne se donne comme conversion. La paix chrétienne ne se donne pas par une auto-immunisation de la politique, mais au contraire par sa déposition.

La justa pax : pas de justice, pas de paix

Réciproque de la guerre juste, la notion de paix injuste montre le potentiel critique dans la pensée chrétienne de la paix. La tour de Babel est le modèle de cette paix injuste, qui ne scelle l’unité que par des briques et du mortier et non par l’adoration du Seigneur. [...]

 

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1  Traduction liturgique de Jean 14, 27.


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