Le droit naturel

N° 209 Mai - Juin 2010*

 N’est-ce pas dans le domaine du droit que l’Église est le plus rétrograde — ou malhonnête ? Ne sait-on pas que tout droit est culturel ? Quelle illusion nous ferait affirmer qu’il y a des principes de justice valables pour tous, partout et en tout temps ?

Pourtant, peut-on se satisfaire du positivisme juridique dominant ? Si la seule existence d’un fait juridique suffit à légitimer le droit, ne faut-il pas conclure que le droit peut être séparé de toute revendication de justice ? Avec le triomphe du relativisme, n’en va-t-il pas de la fin de l’idée même de justice ?

Communio propose, à tout le moins, de reconnaître au droit naturel une fonction critique : non seulement nécessaire pour résister aux injustices et aux abus de pouvoir, mais encore comme étalon de mesure des droits positifs.

Page Titre Auteur(s)
7 Le droit naturel : une fonction critique Vincent CARRAUD Dominique WEBER
19 Crime et péché. Réflexions sur le rapport entre l’ordre juridique et l’ordre moral dans la tradition occidentale Paolo PRODI
35 Le droit naturel chez les canonistes médiévaux Laurent MAYALI
45 Logique et apories du positivisme juridique. Note sur le débat entre Hans Kelsen et Eric Voegelin Dominique WEBER
59 Le droit naturel dans la praxis juridique Alain SÉRIAUX
67 Dieu des chrétiens, Dieu des musulmans Rémi BRAGUE
78 Intransigeance et ouverture dans le christianisme antique Jean-Marie SALAMITO
92 La nation québécoise dans son rapport à la religion. (tout le texte) Louis-André RICHARD
92 La nation québécoise dans son rapport à la religion Louis-André RICHARD
103 Le cycle d’Élie dans Tu de Pierre Emmanuel Anne SIMONNET

Éditorial: Vincent Carraud et Dominique Weber : Le droit naturel : une fonction critique

Thème: Le droit naturel

Paolo Prodi : Crime et péché. Réflexions sur le rapport entre l’ordre juridique et l’ordre moral dans la tradition occidentale

La distinction en Occident entre la sphère du sacré et celle du pouvoir a permis l’émergence d’un État de droit. Elle a permis aussi le développement de deux normes concurrentes, les normes morales et les normes positives, ainsi que celui de deux instances différentes de jugement des actions des hommes : comme péché ou comme infraction. Aujourd’hui, l’État de droit touche peut-être à sa fin, dans la mesure où ce dualisme des normes  s’efface, et que nous perdons, dans notre conscience collective, le sens de la distinction entre le péché et le délit.

Laurent Mayali : Le droit naturel chez les canonistes médiévaux

Depuis le Décret de Gratien – compilation critique des sources du droit de l’Église (1140) –, tous les juristes médiévaux du XIIe et XIIIe siècle ont distingué, pour régir le genre humain, le droit naturel et les moeurs, soulignant la primauté du premier dont s’inspirent et découlent les lois séculières et ecclésiastiques. Mais chacun a approfondi cette notion de droit naturel et l’a précisée selon de multiples acceptions. Il en a surgi certaines contradictions, et les juristes, pour les surmonter, se sont alors tournés vers la théologie de saint Thomas.

Dominique Weber : Logique et apories du positivisme juridique. Note sur le débat entre Hans Kelsen et Eric Voegelin

Peut-on construire une théorie purement positiviste du droit sans aucune référence morale ? C’est le thème de la critique par Voegelin des théories de Kelsen. Et l’on découvre à quel point cette discussion, qui peut paraître abstraite, est au contraire d’une brûlante actualité.

Alain Sériaux : Le droit naturel dans la praxis juridique

Après en avoir retracé l’histoire des différents sens, l’auteur montre combien la notion de « droit naturel », passée de mode dans les débats actuels, reste cependant le fondement de la praxis juridique.

Signets

Rémi Brague : Dieu des chrétiens, Dieu des musulmans

Plutôt que de comparer directement le Dieu des chrétiens au Dieu des musulmans selon la méthode classique – points communs, différences –, l’auteur suggère de comparer d’abord le Dieu biblique au Dieu coranique. Cette méthode originale, appliquée à l’idée de création, d’alliance et de paternité, permet de souligner la cohérence de chaque religion, et d’en tirer éventuellement les conséquences.

Jean-Marie Salamito : Intransigeance et ouverture dans le christianisme antique

Si les tendances communautaires à la fermeture et la « maladie de juger » ont existé dans le groupe humain qui constitue aussi l’Église, il ne faut pas occulter pour autant les textes qui, au sein même de la doctrine chrétienne
– Évangiles et écrits des Pères –, sont de véritables antidotes à ces tendances regrettables.

Louis-André Richard: La nation québécoise dans son rapport à la religion

Qu’est devenu le Québec, 50 ans après sa révolution tranquille ? Si la séparation de l’Église et de l’État est une chose bonne et nécessaire, un isolement complet de ces deux sphères l’une par rapport à l’autre est un risque grave pour tout le monde. L’auteur dresse un bilan de la situation et pointe les nouveaux défis auxquels ce pays est confronté.

Anne Simonnet : Le cycle d’Élie dans Tu de Pierre Emmanuel

Dans Tu, oeuvre cosmogonique des dernières années, Pierre Emmanuel reprend à sa manière l’histoire du prophète Élie. Nulle part plus qu’ici la parenté du prophète et du poète n’est aussi manifeste : Pierre Emmanuel reçoit en poète une parole qui lui vient d’un autre et lui parle de l’homme transformé par le pouvoir d’une Parole à laquelle il se soumet.

Le droit naturel : une fonction critique

Vincent Carraud et Dominique Weber

« Où donc ces règles sont-elles inscrites ? Où l’âme, même injuste, reconnaît-elle ce qui est juste ? Où voit-elle qu’il faut avoir ce qu’elle-même n’a pas ? Où donc sont-elles inscrites, sinon dans le livre de cette lumière qu’on appelle la Vérité ? C’est là qu’est écrite toute loi juste, c’est de là qu’elle passe dans le coeur de l’homme qui accomplit la justice, non qu’elle émigre en lui, mais elle y pose son empreinte, à la manière d’un sceau qui d’une bague passe à la cire, mais sans quitter la bague. » Saint Augustin, De Trinitate, XIV, XV, 21, BA, t. 16, p. 403.

« Une loi qui ne serait pas juste ne serait pas une loi. » Saint Augustin, De libero arbitrio, I, V, 11, PL, t. 32, col. 1227 / BA, t. 6, p. 211.

 

Pourquoi le droit qui organise chaque société ne lui suffirait-il pas – du moins pour être un droit ? Pourquoi faudrait-il en appeler à un droit universel, ou prétendu tel ? Et à supposer qu’un tel droit fût imaginable, comment ne constituerait-il pas un simple idéal ? Par quelle illusion théorique le nommerait-on droit naturel, dans la fiction d’une nature pure et comme si tout droit n’était pas un effet de culture ?

Sans doute ce premier paradoxe provient-il d’une exigence de fondement. Il est essentiel aux sociétés occidentales d’être à la recherche de principes d’action, et en particulier de législation, dont la justice pourrait être fondée autrement que sur le simple fait qu’ils sont énoncés dans un code juridique particulier, historiquement et géographiquement situé. Il est en effet vital pour elles de vouloir

toujours que ces principes ne relèvent pas seulement d’opinions ou de valeurs arbitraires – ces opinions et ces valeurs fussent-elles communément soutenues par une majorité à un moment donné quelconque, selon le modèle d’un partage des représentations ; car, comme l’écrivait saint Clément d’Alexandrie au IIIe siècle, « la loi, ce n’est pas ce qui fait loi par l’usage ; l’opinion fausse ne fait pas loi. La loi est l’opinion bonne ; la bonne, c’est la vraie, celle qui découvre et atteint ce qui est »1. Mais, précisément, les problèmes surgissent aussitôt qu’est posée la question de savoir où chercher la légitimité de principes d’action et de législation qui pourraient échapper aux caprices [...]

 

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1. Stromates, I, 25, 166, 4, SC, n° 30.

Rémi Brague : Dieu des chrétiens, Dieu des musulmans

Plutôt que de comparer directement le Dieu des chrétiens au Dieu des musulmans selon la méthode classique – points communs, différences –, l’auteur suggère de comparer d’abord le Dieu biblique au Dieu coranique. Cette méthode originale, appliquée à l’idée de création, d’alliance et de paternité, permet de souligner la cohérence de chaque religion, et d’en tirer éventuellement les conséquences.

Jean-Marie Salamito : Intransigeance et ouverture dans le christianisme antique

Si les tendances communautaires à la fermeture et la « maladie de juger » ont existé dans le groupe humain qui constitue aussi l’Église, il ne faut pas occulter pour autant les textes qui, au sein même de la doctrine chrétienne
– Évangiles et écrits des Pères –, sont de véritables antidotes à ces tendances regrettables.

Louis-André Richard: La nation québécoise dans son rapport à la religion

Qu’est devenu le Québec, 50 ans après sa révolution tranquille ? Si la séparation de l’Église et de l’État est une chose bonne et nécessaire, un isolement complet de ces deux sphères l’une par rapport à l’autre est un risque grave pour tout le monde. L’auteur dresse un bilan de la situation et pointe les nouveaux défis auxquels ce pays est confronté.

Anne Simonnet : Le cycle d’Élie dans Tu de Pierre Emmanuel

Dans Tu, oeuvre cosmogonique des dernières années, Pierre Emmanuel reprend à sa manière l’histoire du prophète Élie. Nulle part plus qu’ici la parenté du prophète et du poète n’est aussi manifeste : Pierre Emmanuel reçoit en poète une parole qui lui vient d’un autre et lui parle de l’homme transformé par le pouvoir d’une Parole à laquelle il se soumet.


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