L'Eglise : une histoire

N° 26 Novembre - Décembre 1979 - Page n° 8

Gerhard SCHNEIDER Le temps apostolique

Le Christ est la fin de l'histoire, que l'Eglise prétend cependant continuer. La légitimité de cette continuité dépend aussi d'un point d'exégèse : quel rapport Luc a-t-il voulu mettre entre son évangile et les Actes des apôtres ?

La première page, 8, est jointe.

CELUI qui réfléchit à l'essence et à la signification de l'histoire de l'Eglise ne peut manquer de rencontrer sur ce terrain Eusèbe de Césarée, le « Père de l'histoire de l'Eglise A. Cependant, il lui faudra aussi demander à Luc, le « premier historien chrétien », l'auteur du Troisième évangile et des Actes des apôtres, ce qui l'a incité à rédiger son double ouvrage et quel but il poursuivait en le faisant (1). Une telle question est d'autant plus pressante que le « Père de l'histoire de l'Eglise » s'est servi de l'« histoire apostolique » (les Actes) du « premier historien chrétien » (2) et l'a poursuivie — en le soulignant expressément — jusqu'à l'époque où il vivait, le début du quatrième siècle. D'ailleurs, les élèves et successeurs d'Eusèbe ont ensuite poursuivi de la même manière leur « histoire de l'Eglise », chacun allant jusqu'à sa propre époque.

 Le « premier historien chrétien »

On ne refuse plus guère aujourd'hui le titre d'« historien » à l'auteur du Troisième évangile et des Actes des apôtres (3). Nous le nommerons « Luc » avec la tradition. Il vaut donc la peine de se demander pourquoi ce n'est pas à lui, mais à Eusèbe qu'est revenu le titre de « Père de l'his­toire de l'Eglise ». Luc n'a pas seulement beaucoup de points communs avec ses contemporains historiens. L'auteur de l'odvrage historique néotestamentaire en deux livres atteste avant tout l'intention d'écrire « de l'histoire » (Luc 1,1-4 ; Actes 1,1 s.). S'il le fait en contant « de l'his­toire en histoires », ce n'est pas que ce style en épisodes, édifiant et souvent dramatique, esquissant des scènes vivantes et imagées, soit seulement (p.8)

 

(1)  Le titre d'Eusèbe lui est décerné par K. Bihlmeyer et H. Tüchle, dans leur Kirchengeschichte, 1, p. 21-29. Sur Eusèbe de Césarée, voir H. von Campenhausen, Les Pères grecs (tr. fr., éd. de l'Orante, 1963, p. 81-95). « Premier historien chrétien » est le titre d'une conférence sur Luc prononcée par M. Dibelius à Heidelberg en 1947. Sur les objectifs de l'oeuvre lucanienne, voir mon article « Der Zweck des lukanischen Doppelwerkes », dans Biblische ZeitschrsJt 21 (1977), p. 45-66.

(2)    Dans le premier des dix livres de son Histoire ecclésiastique. Eusèbe rapporte « la brève apparition du Christ, ses souffrances et le choix des apôtres ». A partir du second, il se propose d'examiner « les événements après l'Ascension, tâche dans laquelle sont utilisés en partie les textes sacrés et aussi des écrits profanes ».,

(3)  A. Wikenhauser est sans doute le dernier à avoir donné à son livre sur Luc un titre relativement réti­cent : La valeur historique des Actes des apôtres, Münster, 1921.

 

conditionné par les lacunes dans les sources dont disposait l'auteur. Car ce style sert avant tout à transformer des énoncés abstraits en annonce conquérante. Ce n'est pourtant pas ce souci de propagandiste, (surtout visible, chez Luc, dans son évangile, et déjà présent chez Marc) qui distingue essentiellement Luc d'Eusèbe (4). La distinction réside bien plus dans le fait que l'objet de l'ouvrage de Luc n'est pas à proprement parler « l'Eglise », mais le développement de la « Parole de Dieu » ou la propagation du témoignage rendu au Christ (5). A la fin du livre des Actes (28,31) se trouve un mot-clé déterminant : « sans entraves ». Il se rapporte à la prédication évangélique, dont l'auteur espère qu'elle sera « sans entraves » dans l'avenir.

 

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