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Temps et tradition

R. P. Georges CHANTRAINE
L'Eglise : une histoire - n°26 Novembre - Décembre 1979 - Page n° 13

Perspectives catholiques et protestantes sur l'histoire de l'Église

 Ecrire une histoire de l'Église implique une décision dogmatique:ou bien la tradition sauve le temps,ou bien une décision arbitraire attribuée à Dieu le rend vain.

La première page, 13, est jointe.

DANS une réflexion sur l'histoire de l'Eglise, faite par des catholiques, il convient de rencontrer le point de vue protestant. Tel est le propos de cet article (1). C'est un fait, cependant, que nous ne comprendrons vraiment ce point de vue que si nous le mettons en rapport avec notre point de vue catholique (en évitant toutefois de donner à catholique un sens étroitement confessionnel). Commençons donc par rappeler comment un historien catholique considère son objet. Naturel­lement, je ferai autant que possible abstraction des différences d'école et d'opinion et tâcherai de mettre en lumière ce qui appartient à la perspec­tive catholique en vue de rendre plus évident le contraste que fait surgir la perspective protestante.

 

1. Au catholique, il paraît naturel d'écrire une histoire de l'Eglise. • C'est que l'Eglise est, à ses yeux, une société et a une histoire. C'est là une évidence qui le dispense de s'interroger longuement sur la possibilité et la légitimité d'une histoire de l'Eglise. En revanche, si quelque forme de positivisme ne lui a pas rétréci l'esprit, l'historien s'interrogera sur la nature de cette histoire. Société parmi d'autres, l'Eglise affirme poursuivre une fin religieuse et spirituelle, différente de toute fin politique et temporelle. S'il la voit partager la condition des autres sociétés, en subir les variations historiques, les alternances de (p.13)

 

(1)                                     Nous ne présentons ici qu'une esquisse. Notre seconde partie, plus encore que la première, demanderait des développements, des explications, des justifications. On trouvera les plus importantes dans notre Erasme et Luther (Libre et serf arbitre), coll. Le Sycomore, Lethielleux , .

 

 croissance et de déclin, le mélange de misères et de grandeurs, l'observa­teur extérieur, auquel l'historien avisé ne manquera pas de prêter ses propres yeux, pourra aussi constater avec l'auteur de l'A Diognète que les chrétiens se font citoyens de tous les pays ils habitent, sans pour­tant n'avoir que cette patrie d'ici-bas, mais sans être contraints (voire aliénés) par la forme vide de quelque K Internationale ». Avec un Léo Moulin (2), il pourra discerner un mode d'assimilation qui parait propre à la société ecclésiale : dominicains et jésuites reprirent chacun à leur temps des éléments constitutifs de l'organisation sociale (cité médiévale ou monarchie moderne), mais ils leur donnèrent une forme nouvelle qui leur conférèrent une pérennité étonnante : la cité médiévale, la monarchie moderne ont disparu ; les dominicains, les jésuites subsistent. De même, un Dodd (3) a été amené, en étudiant les citations de l'Ancien Testament faites par le Nouveau, à inférer un principe nouveau d'organisation du langage. La convergence de ces deux inférences n'étonnera pas : langage, histoire et société sont étroitement liés.


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