Les religions orientales

N° 78 Juillet - Aout 1988 - Page n° 113

R. P. Georges CHANTRAINE Le Synode de 1987: expérience et bilan

Signet

Georges CHANTRAINE, s.j.

Un expert au dernier Synode romain apporte son témoignage et partage sa réflexion : souvenirs d'où émergent la complexité des mécanismes, la diversité de l'église universelle et surtout les enjeux que représentent, bien au-delà de l'actualité ecclésiale, la place et le rôle des femmes, des ministères et des mouvements.

Les cinq première pages, 113 à 117, sont jointes

LES souvenirs du Synode de 1987 sur la vocation et la mission des laïcs dans l'Église et dans le monde commencent sans doute à s'effacer. Je me propose non seulement de les raviver, mais de vous communiquer les souvenirs d'un témoin. J'ai eu en effet la chance et la grâce d'assister comme expert à ce Synode. C'est une expérience profonde, qui reste gravée dans la mémoire. C'est l'expérience de la présence du Seigneur Jésus dans son Église. Une telle expérience n'est pas réservée à ceux qui ont participé au Synode. Elle est destinée à tous les chrétiens et aussi, dans un certain sens, à tous les hommes. Avec votre concours, je m'efforcerai ici d'en faire part.

La presse a justement dit que le Synode avait traité de trois grands sujets : la femme, les ministères et les mouvements. De plus, il n'a cessé de considérer la relation entre l'Église et le monde. C'est le quatrième grand sujet. Avant de vous les présenter, je vous ferai entrer dans l'aula synodale et nous apprendrons à connaître les personnes qui s'y trouvent, puis le déroulement des travaux.

L'assemblée et son déroulement

Quand le Pape entre dans l'aula synodale, il voit devant lui 232 Pères synodaux, 20 experts et 60 laïcs. Il siège à la table de présidence. A sa gauche, Mgr Jean Schotte, secrétaire permanent du Synode. A sa droite, les trois présidents délégués : le cardinal E. Pironio, président du Conseil pour les Laïcs, le cardinal R.J. Vidal, des Philippines, qui a remplacé le cardinal Trinh van Can, archevêque de Hanoï, empêché de venir à Rome pour des raisons de santé, et le cardinal M.I. Lubachivsky, archevêque de Lvov (Ukraine). Ces trois cardinaux proviennent de trois continents différents : Amérique, Mie, Europe. A la gauche de Mgr Schotte, le cardinal H. Thiandoum, archevêque de (p.113) Dakar, qui représente un quatrième continent, l'Afrique, et qui est le rapporteur du Synode, Mgr P. Eyt, archevêque coadjuteur de Bordeaux, qui est secrétaire général de ce Synode, et deux experts laïcs nommés secrétaires spéciaux adjoints : Mlle M. da Graça Sales et M. J.-L. Dherse.

Aux premiers rangs, à gauche du Pape, les patriarches orientaux et d'autres représentants des Églises orientales dans leurs robes aux couleurs variées. A même hauteur qu'eux, au centre et à droite du Pape, les cardinaux : sur le même rang, le cardinal G.B. Hume, archevêque de Westminter et le cardinal J. Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Plus haut, l'un à côté de l'autre, le cardinal G. Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, le cardinal C. Martini, archevêque de Milan, et le cardinal J. Glemp, archevêque de Varsovie. Derrière les cardinaux, les évêques : 154 élus par les conférences épiscopales et 27 désignés par le Pape, plus quatre non-évêques : un prêtre faisant fonction d'évêque en Tchécoslovaquie, le prélat de l'Opus Dei, Mgr A. Del Portillo, le fondateur de « Comunione e Liberazione », Mgr L. Giussani, et un charismatique américain, le P. Th. Forrest. Viennent ensuite les dix supérieurs généraux qui se sont cooptés au sein de l'Union romaine des Supérieurs généraux. Derrière eux, les dix-huit autres experts. Au centre et à gauche, les 60 laïcs, hommes et femmes (26), venus de tous les continents. Notons, au centre, la présence de Chiara Lubich et, à gauche, celles de Jean Vanier et de Kiko Argüello (Néo-catéchuménat). Parmi les laïcs, deux frères, supérieurs généraux de leurs congrégations, et plusieurs religieuses.

Les trente jours que nous avons passés ensemble se sont divisés en trois phases. Après les préliminaires, nous entendîmes, du 3 au 14 octobre, 232 interventions de Pères et une douzaine d'exposés faits par des laïcs. Les Pères parlaient à raison de huit minutes chacun, soit plus de trente par jour. Les laïcs parlaient de la table de présidence, et non de leur place comme les Pères. Ils disposaient de 15 à 20 minutes. Ils exposèrent les divers aspects de l'apostolat et de la spiritualité des laïcs selon leurs activités propres : pastorale diocésaine (Patricia Jones), syndicalisme (Enrique Marius), groupes d'étudiants (Etienne Bisimwa), mouvements (Chiara Lubich). D'autres traitèrent encore des moyens de rendre une paroisse dynamique et de la puissance de la Résurrection dans le traitement des handicapés.

Quant aux Pères, certains lurent, au nom de leur conférence épiscopale, des remarques sur l'« Instrument de travail» (document qui présentait tous les thèmes du Synode en 70 pages). D'autres parlèrent en leur nom propre d'un ou plusieurs paragraphes de ce document (tous les louèrent vivement) ou bien d'un autre sujet. D'autres encore présentèrent la situation de leur Église. Ceux qui parlèrent des Églises persécutées ou des Églises connaissant des difficultés en pays musulman furent écoutés avec une attention religieuse et parfois applaudis. Durant cette première période, les Pères abordèrent les grands thèmes p.114) du Synode : la place et le rôle de la femme dans l'Église et dans le monde, la restructuration des ministères en vue d'une plus grande participation des laïcs, la place des mouvements dans l'Église et dans le monde. Les femmes eurent d'abord la vedette dans les discours ; puis on s'intéressa aux ministères ; enfin, les mouvements passionnèrent les esprits.

Le mardi 13, un jour et demi plus tôt que prévu, nous entendîmes le rapport du cardinal Thiandoum sur toutes les interventions. Ce résumé se concluait par une série de questions, qui étaient proposées aux cercles linguistiques. Ce rapport avait été élaboré par Mgr Eyt sur la base des résumés rédigés par les experts et avec leur collaboration, puis traduits en latin, qui fut la langue de référence du Synode comme aussi la langue d'une majorité relative d'interventions.

Avec ce rapport commença la deuxième phase du travail synodal : la discussion en cercles linguistiques. Pères et laïcs choisirent une des six langues suivantes : latin, italien, allemand, anglais, espagnol, français. Si dans la même langue il fallait constituer plusieurs cercles, ils se répartissaient entre ces groupes suivant l'ordre alphabétique. Résultat : douze cercles : un latin (peu nombreux, sans laïcs), un italien (très nombreux), un allemand, trois anglais, trois espagnols-portugais, trois français. Les experts furent répartis dans ces cercles suivant leur langue préférée et les circonstances. Il y en eut un ou deux par cercle.

Après avoir élu leur président et leur secrétaire, chaque groupe travailla de manière assez autonome sur la base du questionnaire annexé à la fm du rapport. Les laïcs collaborèrent à la discussion commune. Suivant les cercles, les experts se montrèrent plus ou moins discrets. Il s'agissait d'apporter des éléments de réponse à des questions soulevées lors de la discussion générale, particulièrement sur les trois grands thèmes déjà évoqués, mais aussi sur la définition du laïc, sur sa vocation, sa mission, sa formation, le combat pour la justice et la paix, l'inculturation, la famille, la jeunesse, etc. La doctrine sociale était une référence commune avec au centre l'amour préférentiel des pauvres. L'urgence en était fortement ressentie par les Latino-Américains. Dans un monde sécularisé, à l'Est ou à l'Ouest, les droits de la personne humaine permettent à l'Église de protéger l'homme contre lui-même, les faibles contre les puissants, et d'assurer ou de défendre la liberté religieuse dans le domaine de la vie civile.

C'est sur cet ensemble d'idées que les Pères discutèrent avec laïcs et même experts jusqu'au 17. Le 19, les secrétaires des cercles présentèrent un résumé des échanges. De même, des laïcs présentèrent un résumé d'échanges qui s'étaient faits parallèlement et en plus entre laïcs. Après une discussion générale de ces rapports, chacun retourna dans son cercle et on se mit à élaborer des propositions qui seraient présentées par l'assemblée au Pape. Il était en effet apparu qu'aucun sujet n'était mûr pour une déclaration finale, faite par le Synode lui-même. On décida de rédiger un « Message au peuple de Dieu »,(p.115)dont on confia la rédaction à cinq évêques. On était alors dans la troisième semaine du Synode. La dernière semaine, il faudrait voter sur ces propositions, adopter ou non le «Message» et aussi élire le conseil des évêques auprès du secrétariat permanent.

Ainsi le rythme changea-t-il durant cette troisième semaine. Les discussions furent plus vives, les gens plus pressés et parfois plus fatigués. Le jeudi 22 octobre après-midi, premier grand exercice pour Mgr Eyt et les experts : extraire des propositions des douze groupes linguistiques, avec l'aide de leurs secrétaires respectifs, un catalogue unique de propositions. La composition de ce catalogue se prolongea tard dans la nuit. Après leur présentation à l'assemblée, ces propositions furent discutées dans les cercles et amendées. Pendant que la plupart des Pères et des laïcs écoutaient un concert offert par la R.A.I., le cardinal rapporteur, le secrétaire général et les évêques secrétaires des cercles, aidés par les experts, élaborèrent le catalogue définitif des propositions. Ils durent reprendre leur travail le lendemain dimanche, jusqu'à 14 heures. Ce fut le second grand exercice.

Le troisième et dernier eut lieu la semaine suivante, après le premier vote de ces propositions. Les Pères gardaient en effet le droit d'amender encore individuellement — en fait par groupes — ces propositions. Il fallut pendant toute une nuit, et jusqu'à 10 heures le lendemain pour certains, accepter ou rejeter les amendements, introduire les amendements acceptés dans un nouveau texte et produire un second livret qui contenait la liste des amendements et la justification des rejets. C'est dans le même temps qu'eurent lieu les élections au conseil et l'adoption du « Message au peuple de Dieu ». Journées « stressantes » pour tous, épuisantes pour certains. L'air était pour cette raison à la déception. Les journalistes, qui n'avaient plus reçu de nouvelles depuis le 12, approchèrent des Pères dont certains se sentaient frustrés. Ils répercutèrent ces opinions d'autant plus volontiers qu'ils avaient à juste titre mal pris le black-out décidé par les présidents des cercles et que le texte des propositions, qu'ils avaient sans peine réussi à se procurer, était pour eux presque hermétique : il fallait avoir fait l'expérience synodale pour le comprendre et l'expliquer.

En quoi consiste cette expérience ? D'abord dans la participation au déroulement des travaux : c'est une épreuve de régularité et d'endurance, comme le Giro — pas de vitesse. Ensuite, elle consiste à voir l'Église dans toute sa diversité et à se demander : mais comment tous ces morceaux épars, si mal ajustés l'un à l'autre, tiennent-ils cependant ensemble ? C'est évidemment grâce au Seigneur Jésus et par son Esprit. Cette vue de foi devient à certains moments une sorte d'évidence physique : elle vous entre dans le corps. Non sans combat ni souffrance. Car l'assemblage, l'ajustement ne se fait pas sans mal. Il faut parfois se taire et prier. On ne peut pas crier. Enfin, elle consiste pour le théologien à se taire et à éprouver jusque dans sa chair que ce sont les évêques qui ont la parole qui garde l'Église dans l'unité, fait le (p.116) corps de l'Église et entre dans le corps de l'Église. Même s'il arrive que cette parole apparaisse aux théologiens plus pauvre, elle est plus intérieure à la vie du Verbe telle qu'elle anime le corps de l'Église. Elle s'est enrichie de bien des suggestions venues des laïcs et s'est parfois précisée grâce aux théologiens. Toutefois, ce fut fréquemment au Synode une parole trop humaine, trop peu nourrie d'Écriture sainte. C'est un grave déficit, ayons le courage de le reconnaître. Malgré tout, cette Parole est donnée à l'Église pour la construire. Il y a là, je ne sais comment, un mystère de la Parole qu'est le Seigneur Jésus. Mystère d'humiliation et aussi d'exaltation. La foi le reconnaît. Elle en est éprouvée. Et cette épreuve de la foi a tourné en joie lors de l'Eucharistie qui couronna à Saint-Pierre le Synode et le repas de fête qui le clôtura à Santa Marta.

Pour moi, cette expérience synodale ressemble à l'expérience des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, qu'on fait pendant trente jours. C'est aussi une expérience de conversion du cœur et de découverte progressive du Seigneur Jésus tel qu'il s'est fait connaître par son enseignement, par sa Passion et par sa Résurrection jusqu'à son Ascension. Qu'on fasse une telle expérience dans le seul-à-seul de la retraite ou dans cette assemblée synodale importe peu. Car le chrétien qui prie seul est toujours dans l'Eglise, et l'Eglise est dans son cœur. Réciproquement, au sein de l'assemblée synodale est donnée la solitude de la prière. Cette expérience de communion est aussi une expérience de solitude.

Cette expérience a eu, je vous l'ai dit, quatre grands thèmes : la femme, les ministères, les mouvements et la relation de l'Église et du monde. En gardant à l'esprit cette expérience, apprenons maintenant à les connaître dans leurs grandes lignes.

II. La place et le rôle des femmes dans l'Église et dans le monde

Pour tout observateur, il est évident que les femmes ont une place et un rôle hors pair dans toutes les Églises : ce sont elles qui, unies certes à leur mari, transmettent la foi à l'intérieur de la famille, qui procurent à la famille son atmosphère propre et chrétienne, qui assurent des services dans beaucoup de paroisses et de diocèses, etc. Les Pères se sont plu à les en remercier.

En entendant les Pères africains et asiatiques, qui vivent dans des sociétés qui n'ont pas été christianisées, nous nous sommes rendu compte plus vivement d'un fait qui, de nos jours, tend à être oublié dans certains pays occidentaux. Ce fait, ce fait majeur de la vie sociale, c'est que, grâce au christianisme, la femme a vu sa dignité reconnue et son égalité de personne acceptée socialement. (p.117)

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