La liturgie

N° 20 Octobre - Décembre 1978 - Page n° 78

R. P. André GOUZES Beauté, signe de l'amour

Attestations

Que l'Eglise soit construite par sa liturgie, c'est une vérité dont la confirmation s'impose, dans ses recherches théori­ques comme dans son apostolat sacerdotal, à un jeune dominicain dans un secteur rural.

Les deux premières pages, 78 et 79, sont jointes.

 

COMMUNIO. - Si nous sommes venus vous interviewer, mon Père, c'est non seulement parce que vous êtes un spécialiste de la liturgie, mais surtout parce que vous êtes, en la matière, un chercheur et un praticien expérimenté. Pourriez-vous d'abord situer pour nous la nature et le cadre de votre action ?

ANDRÉ GOUZES : Les circonstances m'ont conduit à Sylvanès, dans l'Aveyron, où se trouve une abbaye cistercienne. C'est un endroit très beau. Pendant quelques années, j'y ai ame. de jeunes artistes et des amis pour une animation surtout rurale. Et là, d'année en année, c'est comme si une proposition nous avait été faite et s'était progressivement précisée, d'abord par l'attente et par l'accueil de ces gens, ensuite, récemment, par une offre ferme de l'Etat pour restaurer ce magnifique monument. Les gens du pays, d'un bon milieu rural, de vieille tradition chrétienne, sont très ouverts et très accueillants à tout ce qui est le langage liturgique, et aussi à la très belle musique. De cette abbaye, nous allons faire un lieu au service d'un éveil et d'une formation à la liturgie. Car nous croyons que le peuple chrétien a besoin de boire à nouveau aux sources de la liturgie.

 

Les gens à qui vous vous adressez sont des ruraux. Leur vie au contact de la nature facilite-t-elle leur accès à la liturgie ?

Il est bien possible que ces hommes, encore très liés aux rythmes de la nature, aient plus d'affinité que d'autres avec les signes très naturels et très concrets de la liturgie : l'eau, la flamme, le pain, le vin, l'huile, les gestes simples du corps humain tels que les mains offertes. Mais j'ai surtout le sentiment qu'ils ont été préservés de certaines tendances modernes intellectualisantes, voire idéologiques, qui ont transformé et parfois faussé, dévié l'approche des signes liturgiques dans ce qu'ils ont (p.78) d'élémentaire. J'ai constaté la même chose avec les petits enfants auxquels je fais un peu de catéchèse. J'avais commenté à un groupe d'enfants de sept à huit ans tous les chapitres de l'Exode concernant la Pâque. Après la veillée pascale, je leur ai simplement demandé ce que les grands moments de la vigile leur avaient rappelé. Un petit gamin m'a dit : « O Père, le feu, ça m'a rappelé le buisson ardent de Moïs ». Un autre m'a dit : « Le cierge pascal, quand il est entré dans l'église, c'était comme la colonne de nuée ». Et bien, je vois dans cette perception immédiate de l'enfant sans pression idéologique, par le seul contact de l'Ecriture Sainte et du signe, une sorte de lecture spontanée, naturelle, qui confirme la pérennité d'un certain langage liturgique et surtout des grands signes de Dieu qui nous sont transmis par la tradition liturgique. Alors, quand on me dit et quand je sais que dans beaucoup d'églises on ne célèbre plus la vigile pascale selon son grand ordonnancement symbolique et rituel, je me dis que ce n'est pas parce que les gens ne comprennent pas, mais parce que les liturgistes ou les prêtres ne savent plus la célébrer, la « jouer », au grand sens du mot, alors qu'il y a des yeux encore assez frais et des cœurs assez ouverts pour y entrer. C'est vraiment mon expérience depuis huit ans que je vous donne là.

 

  Vous nous laissez entendre que la grande tradition liturgique s'est en partie perdue et qu'on constate de graves déviations. Comment a-t-on pu en arriver là ?

Je crois que la liturgie n'est que l'un des domaines où l'on peut voir où en est l'homme occidental actuellement et observer cette sorte d'éclate­ment, de division, de démantèlement de son être. L'unité de l'être humain a été rompue par le péché ; mais, à cause de l'histoire récente de notre culture, avec les idéologies « disloquantes » qu'elle véhicule, la rupture est particulièrement grave en ce moment chez nous, et ses effets destructeurs s'observent au sein même de la liturgie dont ils compromettent gravement la mission, qui est précisément de restaurer dans le Christ l'unité de l'être humain.

 

  Comment cela ?

La liturgie, c'est le mystère des épousailles de Dieu et de son peuple. C'est une action dans laquelle Dieu est l'acteur principal. L'office divin, c'est l'ceuvre de Dieu, opus Dei. L'homme y participe en répondant « oui » à l'amour que Dieu lui offre (1) ; mais cette réponse même est une prière qui lui est inspirée par l'Esprit Saint. Dieu est présent et il agit à travers les signes. Le fondement de ces signes, c'est la Parole de Dieu. Tout l'acte liturgique symbolique, par l'unité de la parole et du signe, repose sur une vision d'unification de l'être. C'est un acte salvifique où le (p.79) ..........

(1) « En Jésus-Christ... se prononce en perfection, dans un Amen unique, le double « oui » de Dieu à l'homme et de l'homme à Dieu ; l'hymen est consommé du Créateur et de sa création » (Hans-Urs von Balthasar, La Foi du Christ, cité par H. de Lubac, La Foi Chrétienne (essai sur la structure du Symbole des Apôtres), Aubier, 1969, p. 279).

 

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