Dignité de l’homme et nature humaine

Robert SPAEMANN
Le catéchuménat des adultes - n°210 Juillet - Aout 2010 - Page n° 120

L’analyse des présupposés à partir desquels on peut parler de la dignité humaine montre son rapport à la liberté et à la notion de nature physique et psychique. Des exemples concrets illustrent le fait que la notion de respect inconditionnel de cette dignité doit être réfléchie.

 

 

 

La dignité n’est pas une qualité donnée de manière empirique. Voir sa propre dignité respectée n’est pas non plus un droit de l’homme. C’est bien plutôt le fondement transcendantal qui fait que les hommes ont des droits et des devoirs. Ils ont des droits parce qu’ils peuvent avoir des devoirs. Les membres normaux et adultes de la famille humaine ne sont en effet ni des animaux entièrement adaptés à leur milieu, ni des sujets entièrement soumis à leurs instincts et à leurs désirs qui devraient être tenus en échec par la police, dans l’intérêt de la communauté. Les hommes peuvent agir par sagesse de manière raisonnable et morale et ils ont le devoir de le faire. Il est écrit par exemple dans l’article 6 de la Loi Fondamentale de la République Fédérale Allemande : « Les soins apportés aux enfants et leur éducation sont le droit naturel des parents et le premier devoir qui leur incombe. » Que le droit naturel des parents repose sur la capacité des parents à remplir leur devoir de parents a aussi pour conséquence que ce droit disparaît si ce devoir est par trop négligé. La possibilité de prendre une responsabilité est ce que nous nommons la liberté. Qui n’est pas libre ne peut être tenu responsable de rien. Mais qui peut prendre une responsabilité a le droit de ne pas être traité comme un simple objet ou de ne pas être contraint physiquement à faire ce qui lui est demandé. L’esclave, qui n’a pas de droit, n’a pas non plus de devoirs. C’est pourquoi l’État est une communauté d’hommes libres. Les esclaves ne peuvent pas plus être citoyens ou sujets d’un État que les animaux domestiques.

Si la liberté de la volonté est une fiction, alors l’État repose sur une fiction, sur un « comme si ». Mais il est alors important que les citoyens ne s’en aperçoivent pas et croient vraiment à ce « comme si ». Il n’y a pas d’origine biologique de la dignité humaine, mais celui qui la possède la tient de l’appartenance biologique à une famille de personnes libres, car [...]

 

 

 

 


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