Le temps d’en finir

N° 249 Janvier - Février 2017 - Page n° 51

Jean VIOULAC Le temps du deuil – Philosophie et eschatologie aujourd’hui

La philosophie a su sortir de la confusion avec la théologie qui l’avait caractérisée dans toute son histoire. Cet accomplissement se paie pourtant d’une crise des fondements, que la phénoménologie a pensée jusqu’au bout, pour finalement découvrir (avec Derrida) que de fondement, il n’y a pas, mais un abîme d’absence. Si l’intériorisation de l’objet perdu en une crypte d’absence définit le deuil, il faut y reconnaître la temporalité originaire de l’histoire humaine. Or le christianisme, sauvegarde de l’Absent et de ce qui s’est révélé dans le vide du tombeau, constitue par excellence la religion de ce deuil. Et donc, au point ultime de son accomplissement, la philosophie rencontre ainsi l’eschatologie chrétienne.

1. Téléologie et eschatologie

La philosophie est-elle capable de parler de Dieu ? Il faudrait d’abord qu’elle soit capable de parler : mais la philosophie n’est pas parole, elle est discours, c’est-à-dire qu’elle déploie l’ordre du concept dans sa logique interne, et ce pour rassembler toutes choses dans l’ordre-du-monde ; elle vise ainsi une « sagesse » définie comme théorie universelle du Tout. Par là même, la philosophie est normée par l’exigence d’une vérité conçue comme adéquation entre le discours de la raison (lógos) et l’ensemble de ce qui est : elle doit en cela se définir comme onto-logie, pensée du présent en sa présence et pensée de l’étant en son être par rélégation du néant. La philosophie fut en effet en Grèce d’emblée une physique, c’est-à-dire une explication rationnelle de la nature, telle qu’elle apparaît en elle-même et à partir d’elle-même, dans son immanence et par le refus de toute entité surnaturelle. Depuis sa fondation grecque, la philosophie est ainsi de part en part réglée par l’idéal de scientificité, et a toujours tenté de déduire la pratique (morale et politique) d’un ordre-du-monde préalablement découvert par la rationalité. En tant que projet du Savoir absolu,  la philosophie est alors déterminée par la temporalité spécifique de la téléologie, processus d’accomplissement de cette totalisation du monde dans l’élément du concept, et d’achèvement d’un système des sciences susceptible de rendre compte de tout ce qui est. 

La parole de Dieu (au double sens, objectif et subjectif, du génitif) n’est pas de provenance grecque, elle est d’origine juive, elle ne s’est pas dite dans les Dialogues de Platon ni dans les traités d’Aristote, mais dans les livres de la Bible hébraïque : elle ne dit pas le monde mais son au-delà, elle ne porte pas sur le présent mais sur l’Absent, elle ne rassemble pas le monde visible dans son immanence mais l’ouvre à une Transcendance invisible que seule peut dire la singularité du Nom. Tel qu’il s’annonce dans la Révélation mosaïque, Dieu ne peut pas être conçu mais seulement dénommé, et parce qu’il est invisible, il ne relève pas non plus de l’idée (eidos, du verbe eidô, voir). La parole de Dieu n’est pas immanente à la logique du discours, elle [...]

 

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