Dieu le Père

N° 140 Novembre - Février 1998 - Page n° 7

Guy BAGNARD Le Père dans la révélation chrétienne

PRÉSENTATION

Guy BAGNARD

C'est le Fils qui nous dévoile le Père, source de la gratuité et de la miséricorde qui consiste à rendre l'homme libre de l'aimer. dans cette prermanence du don se manifeste la paternité divine, fondement de la paternité humaine.

Les 3 premières pages, 7-8-9, sont jointes

PRÉSENTER la Révélation chrétienne comme un « dévoilement » de l’être de Dieu ne peut se faire qu’en entrant dans le mouvement qu’indique saint Jean à la fin de son Prologue : « Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, Lui, nous l’a dévoilé. » C’est avec la venue du Fils que le visage de Dieu se dévoile et qu’il est révélé comme « Père ». Le Fils ne se manifeste dans l’histoire qu’en vue de ce dévoilement. Il n’y a pas d’autre clé de lecture pour entrer dans la juste finalité des Évangiles.

 

Le Fils, chemin vers le Père.

Qu’on se souvienne de la première fois où l’on entend parler Jésus dans l’Évangile. Il n’a alors que douze ans : « Ne saviez-vous pas que je dois être chez mon Père ? » Qu’on se rappelle également les ultimes paroles qu’il prononce, celles qui précèdent le silence de la mort : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit. »

Ces mots qui ouvrent et ferment le texte évangélique sont comme les deux montants d’une porte que doit impérativement emprunter celui qui veut accéder à la véritable identité de Jésus. Une lecture qui méconnaîtrait cette donnée, ou même, simplement, lui assignerait une place de second rang, défigurerait la Révélation chrétienne, au point de l’annuler comme « révélation ». C’est bien ce à quoi nous assistons chaque fois que Jésus est présenté comme un grand homme, un génie religieux, ou même, le plus grand des prophètes.

Car au centre du « dévoilement » se tient le Père. La raison s’en trouve dans le fait que celui qui le révèle est « Fils ». Tout en lui est marqué du sceau de la filialité. Littéralement, il n’est « que » Fils. Même dans les moments de « kénose », ceux où l’épreuve affaiblit la vision, obscurcit le champ de la conscience et rétrécit l’horizon, l’affirmation de la filialité est énoncée avec une certitude absolue et dans une tranquille assurance. Qu’on en juge à Gethsémani : « Abba, père, à toi tout est possible, écarte de moi cette coupe ! Pourtant, non pas ce que je veux mais ce que tu veux ! [[Marc 14, 36.]] » Le mot araméen « Abba », qui a été significativement conservé, « désigne le propre père de celui qui parle ou dont on parle. Jamais il ne désigne Dieu dans les prières juives » [[Cf. TOB, note s.]]. Si bien « qu’avant Jésus, nous n’avons aucun témoignage qu’un juif ait appelé Dieu : “Papa”! » [[Gantin et alii : Dieu, Père de miséricorde, Mame, 1998, p. 41.]]. En dévoilant ainsi Dieu comme Père, le Fils veut attirer tous les hommes à cette demeure où lui-même trouve le lieu éminent qui explicite le mystère de sa Personne. Le Père, source de la gratuité. Le propre du « Père » est d’être une source, et une source surabondante. Toute chose trouve en lui son Principe. Mais on sait que d’un Principe les êtres peuvent procéder selon des conceptions fort diverses dont, par exemple, celle de l’émanatisme frappé par la nécessité.

Ici, au contraire, tout ce qui procède de la Source paternelle est l’expression d’un don. Chaque être représente un acte de donation gratuite qui le place en autonomie face à la Source qui le pose et le maintient dans l’être.

Le don est si parfait – à l’image de la perfection du Père – que la Source d’où il surgit s’efface pour le laisser être lui-même. Que serait un don sur lequel le donateur ferait sans cesse peser ses droits de propriétaire, en rappelant qu’il en est l’auteur ? Ne conserverait-il pas encore par devers lui ce qu’il a donné ? Donner dans une absolue gratuité conduit à l’effacement. Si le Père est Père en plénitude, il ne peut que donner en se faisant oublier. S’imposer entacherait la pureté du don.

Là se trouve sans doute la raison profonde pour laquelle l’homme a été voulu « pour lui-même » et qu’il a été « laissé à son propre conseil » (Siracide 15, 14). C’est le signe le plus clair de sa dignité royale. Rappelons-nous cette magnifique analyse de Grégoire de Nysse citée par Jean-Paul II dans Veritatis Splendor. L’âme manifeste son caractère royal « par son autonomie et son indépendance et par ce fait que, dans sa conduite, elle est maîtresse de son propre vouloir. De qui ceci est-il le propre, sinon d’un roi ? Ainsi la nature humaine créée pour dominer le monde, à cause de sa ressemblance avec le Roi universel, a été faite comme une image vivante qui participe à l’archétype par la dignité et par le nom » [[Cité dans Veritatis Splendor n° 38.]]. La donation véritable commande à celui qui donne de se retirer, alors même qu’il ne cesse pas d’être source. N’est-ce pas ce que veut traduire, entre autres, la parabole du fils prodigue. Au moment où il pousse la porte de l’habitation paternelle, le fils cadet réclame la part d’héritage qui lui revient. Ce qui est surprenant, c’est que c’est le Père en personne qui lui remet le bien réclamé. Le Père reste Père au moment où le fils s’éloigne. Il ne cesse pas de « donner » ! Comment dire plus clairement la profondeur de la Paternité du Père : laisser le fils être fils, dans le moment même où celui-ci renie sa filialité. Ainsi apparaît, dans toute son ampleur, la permanence du don, un don sans repentance. Qu’il soit maintenu, alors qu’il serait légitime de le supprimer, fait apparaître en pleine lumière, sa gratuité absolue.

Le Fils, chemin des hommes.

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