La Maladie

N° 133 Septembre - Octobre 1997 - Page n° 7

M. Olivier BOULNOIS La maladie

éditorial

Si la maladie, chez l'homme, est la conséquence du péché originel, le péché lui même est une maladie qui atteint l'être tout entier, esprit et corps. C'est pourquoi, seul le salut apporté dans l'Incarnation peut nous offrir la plénitude de la santé, corporelle et spirituelle.

Les trois premières pages, 7-8-9, sont jointes.

Dans le christianisme, la maladie a-t-elle un sens? A-t-elle une place à l'intérieur de l'économie du salut?

 Le présent numéro voudrait montrer que la maladie est particulièrement difficile à situer dans l'ensemble de la foi chrétienne, si on ne la réduit ni à la maladie mortelle, ni à la souffrance. Ce qui rend d'autant plus nécessaire une réflexion poussée et pertinente. Et d'abord, mesurons nous la véritable importance de la maladie pour le sens de l'existence humaine ?

 

I. Qu'est ce qu'être malade?

  La maladie est pour nous un phénomène proprement humain. D'une part parce que, comme le disait déjà Avicenne[[Canon medicinae I, Fen. 1, doctr. 3, c.1 (Venise, 1564, p. 11).]], l'homme est le plus complexe des animaux, et que son équilibre est sans doute le plus fragile. Ensuite parce que nous sommes théoriquement examinés par le médecin en tant qu'hommes doués de parole. Mais surtout parce qu'il y va à chaque fois de notre vie à nous, de notre corps propre, de quelque chose en nous qui est plus intime que nous mêmes, à quoi nous nous rapportons non comme à un objet, mais comme au sens de notre être. (p.7)

 C'est aussi un phénomène universel. Tout homme a été, est, ou sera malade. La maladie au moins comme une possibilité est commune à tous les êtres vivants. Nous sommes tous des malades qui s'ignorent. La santé n'est donc pas l'acte de se conserver indemne de toute maladie, mais la capacité de tomber malade, et de s'en remettre.

 Pourtant la médecine ne connaît que des maladies, elle ignore ce que peut être la maladie. La maladie est le moment où l'unité vitale du corps se défait, et où un organe (ou une fonction) poursuit sa vie autonome au détriment de la totalité. Dans la maladie, le corps vivant se dérobe à l'unité du moi. La santé n'est pas un état initial parfait, troublé par des altérations temporaires, elle est une conquête difficile et risquée, qui ne surmonte la maladie qu'en rusant avec elle. Dans cette ruse de la vie, la santé parcourt toutes les phases de la maladie, les assume, les assimile et en triomphe en en faisant la vie propre de l'organisme. Contrairement à ce que l'idéologie et les médias ne cessent de nous faire croire, la possession entière et simultanée de soi dans l'éclat de corps parfaits n'est qu'un fantasme.

 

Chez Platon, la santé est une harmonie musicale entre les opposés : il y a « pour le corps, une juste mesure de tension que détruit la maladie » [[Phédon, 86 bc. Voir Aristote, Problèmes 1, 1 : « Pourquoi les grands excès sont ils malsains ? Est ce parce qu'ils produisent un effet ou un défaut? Or, c'est cela la maladie ».]]. Pour l'ancienne théorie des humeurs selon Galien, la maladie résultait de l'altération de l'équilibre entre les humeurs, en raison d'une surabondance ou du manque d'une humeur. Avec Broussais, celle ci est attribuée à une altération survenue dans les tissus. Aujourd'hui, la cellule apparaît comme l'élément fondamental, pertinent pour rendre compte des états pathologiques, et l'objectif principal du traitement thérapeutique. Au delà même, la recherche des critères biochimiques, des prédispositions génétiques, la connaissance des agents chimiques font reculer la médecine aux confins de la biologie et de la chimie. Mais du fait du progrès des méthodes de diagnostic et d'imagerie médicale, le médecin a de moins en moins affaire à la totalité d'un être incarné, le corps est parcellisé par les prises de vue, les analyses et les spécialisations. La (p.8) perception de soi même comme sain est de plus en plus minée par le dépistage systématique de toutes les anomalies, par les incertitudes sur des éléments de diagnostic fin et par une demande exponentielle de bien être. Enfin, les limites économiques du coût de la santé soumettent les patients et les médecins à des contraintes sociales (campagnes contre l'alcool et le tabagisme, en faveur du préservatif, injonctions thérapeutiques en cas de drogue, de viol, etc.) qui les dépossèdent encore davantage de leurs propres actions. Tout ce qui composait le tableau clinique de la maladie se défait ainsi sous nos yeux : l'ajustement limpide entre des signes (les symptômes), des fonctions perturbées et des troubles organiques a désormais disparu. Ainsi la maladie et la santé semblent se jouer à travers mon corps sans que celui-ci m'appartienne vraiment.

 Dira t on que le rapport de l'homme à la vie est en train de changer? Qu'un jour le rêve aussi vieux que la médecine de l'élixir de jouvence et de l'accès à l'immortalité sera enfin accessible? Grâce aux thérapies géniques, pourra t on à l'infini réparer le corps comme une machine dont on change les pièces ? De telles illusions trahissent la pauvreté de notre réflexion: nourrir de tels rêves serait oublier que l'homme est un être vivant et non une machine, voué comme tel au vieillissement et à la mort. « Nous claironnons la découverte de tel ou tel traitement, nous gardant de mentionner les maladies nouvelles que nous avons créées en chemin. L'exercice du culte médical fait beaucoup penser à la manière d'agir des hautes instances militaires leurs triomphants communiqués de victoire sont autant d'os à ronger qu'on nous jette pour mieux nous cacher la mort et le désastre »[[H. Miller, Le colosse de Maroussi, trad. fr. poche, p.102.]].

 

II. Le sens de la maladie

 

 Dans cette apparente course à l'abîme, la foi chrétienne peut-elle donner sens à la maladie ? 1. Si « la vie est l'ensemble des forces qui résistent à la mort », la maladie manifeste déjà le pouvoir de la mort sur l'homme. Elle aurait sens alors, comme la mort, en ce qu'elle (p.9)

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Olivier BOULNOIS

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